Le jour s'est levé, les champs s'éteignent. Chaque parcelle, blanche comme givre, est une une serre qui s'allume la nuit formant une plaque de lueurs orange. Au-delà, la plaine basse, les hauts nuages, la tache claire projetée par le soleil rappellent le paysage de Ruisdael.
Images peintes - Page 12
-
Vue de Haarlem
-
Profil
Au musée des Arts décoratifs.
Outre tapis, meubles, boiseries, vaisselle, bibelots, plafonds peints, statuettes, ustensiles, etc., il y a au musée des Arts décoratifs quelques tableaux : isolés par un mur de la profusion du Louvre à côté, on peut voir parmi eux ce panneau d'une prédelle, de Bernardo Daddi. (Une scène de la vie de Saint Pierre Martyr : l'inquisiteur fait face à un cheval cabré (l'Hérésie ?) qui piétine l'assemblée en bas de la chaire ; un homme empoigne dans le dos le manteau de son voisin ; par-dessus l'effroi de la foule à demi renversée, la bête dressée et le dominicain se répondent , couverts d'une semblable robe noire ; le geste faible et rond du saint arrête à distance, brutalement, le profil du cheval emporté).
-
Crépuscule
Au Musée de l'Orangerie.
Dans l'exposition "les peintres de la réalité", une Fuite en Egypte de Claude Lorrain. Est-ce le matin ou le soir ? Les personnages (presque des figurines) sont au premier plan sur le chemin : Joseph a arrêté un berger, peut-être pour se faire confirmer la route ; tous les deux désignent du doigt, à gauche, la direction que les voyageurs ont prise. Marie attend quelques pas en avant, juchée sur l'âne. Elle tient l'enfant dans les bras. Le troupeau obscur de vaches et de chèvres va dans l'autre sens, traverse, hésitant, un fossé sur des planches, disparaît dans un bois. On peut imaginer que leur chemin suit une courbe, continue de longer la rivière et va rejoindre le pont, là-bas, au-delà des arbres, puis, derrière, sur l'autre rive, un bâtisse illuminée par les rayons horizontaux du soleil. Le ciel est clair, bleu et rose ; une brume flotte à terre, lumineuse ou, sur les eaux, pleine d'ombre. Quittant les habitations, les voyageurs partent-ils à l'aube ? ou bien croisent-ils, le soir, le retour des troupeaux ?
-
oeil d'eau
Au Musée de l'Orangerie.
Tout compte fait, ce que j'aime dans les Nymphéas, c'est que, malgré le grouillement des couleurs, malgré le flamboiement des ombres, en deçà des vibrions et des éclosions à l’œuvre dans la toile, il reste la suggestion d'un plan oblique et non tracé, la surface de l'eau où flottent les nénuphars et où se reflète le ciel, derrière les guirlandes verticales des saules. -
Holbein
Exposition Holbein à la Tate Gallery.
Les objets, les étoffes, les mains, les visages sont rendus avec la même méticulosité. Les traits du visage, les rides, les commissures, sont tracés avec une précision extraordinaire ; des variations imperceptibles de la couleur et de l'ombre font voir la saillie des pommettes, le creux des joues, le relief des tempes (certains dessins utilisent un papier couleur chair ; en les scrutant de près, on finit par ne plus savoir ce qu'il faut attribuer aux altérations du papier ou au visage du modèle). Des distorsions néanmoins (un œil forci, une tête ou des mains hors de proportion) peuvent fausser le réalisme.
Les figures marquent peu d'animation. Quelquefois la pose s'affadit par élégance ; quelquefois elle se fige pompeusement ; la vie manque. Certains (comme le femmes de la famille de Thomas More) semblent en proie à une tristesse réprimée, à un désarroi muet. Concentration, ennui, contentement de soi, colère rentrée. Seule Christine de Danemark ose un sourire ; c'est un des portraits de femme commandés par Henri VIII alors qu'il se cherche une épouse. Dans la retenue générale, le manteau fourré et la robe noire de la jeune veuve forment un ensemble somptueux avec sa juxtaposition et sa superposition de noirs brillants ou mats, lisses ou grumeleux. Faussement modestes également : ses yeux, sa bouche, ses mains à demi croisées ; le ballet compliqué des doigts va-t-il s'arranger en une posture obscène ?
-
Reflets
Au musée du Petit-Palais, un paysage de Ruysdael.
Le soleil illumine la pierre jaune d'un château derrière la sombre poivrière d'un moulin à vent. Leur reflet conjoint, clair et sombre, se retrouve dans la nappe d'eau qui dort à leur pied. Mais l'eau, arrêtée ici comme les ailes du moulin, se remet à courir plus bas brouillant son miroir. Elle se brise sur les rochers avec violence (transformant le paisible bosquet à droite en ce tronc à gauche arraché et brisé). Le gris de l'eau torrentueuse est celui des nuages là-haut dans le vaste ciel ; son mouvement l'image du vent invisible qui entraînera les nuées, fera tourner les ailes du moulin et changera l'ombre et l'éclaircie.
-
Impression du moment
L'autre jour à Madrid, Guernica me faisait penser aux grands tableaux du dix-neuvième siècle accrochés au Louvre (passés au noir et blanc contemporain, celui des actualités et du papier journal). Aujourd'hui au Louvre, je cherche à confirmer l'impression : le profil du guerrier étendu, au glaive brisé (?), sous les sabots du cheval vient-il des Sabines ? la diagonale, l'intérieur abstrait, la figure affolée qui surgit à droite, le cheval massacré sont-ils empruntés à la Mort de Sardanapale ?
Tant d'autres images pourraient aussi bien faire l'affaire.