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Images peintes - Page 11

  • Glaçure

    medium_Velazquez_-_Marchand_d_eau.3.jpg(Le marchand d'eau, de Velazquez, récupéré dans les bagages de Pepe Botella par Welligton et exposé dans sa demeure londonienne de Apsley House). Je ne sais pas s'il faut chercher des équivalences entre les céramiques au premier plan et les personnages qui se tiennent juste derrière elles : d'un côté le marchand d'eau dans son ample manteau ; de l'autre le garçon au col froissé. (La tête du premier, veillie et recuite, évoque bien davantage la puissance du soleil que les pouvoirs de l'eau ! Le second est d'une porcelaine plus fine.) Quelques gouttes d'eau coulent sur la panse du récipient (un peu de l'eau précieuse a été renversée) et font la preuve de l'habileté du peintre. On trouve ailleurs chez lui des natures mortes de terre cuite (par exemple au pied de Bacchus dans Los borrachos) et elles sont l'occasion de démontrer une maîtrise suprême dans la représentation des matières (notamment les glaçures, où la surface devient brillante : comme un emblème de la touche du peintre qui rend liquide, aérienne, lumineuse, l'argile mate de la peinture).

  • Triomphe

    medium_mantegna_3.jpgA Hampton Court, le Triomphe de César de Mantegna. Il y a ici (je crois) tout un savoir d'archéologue et d'humaniste qui explique le choix et le dessin des accessoires, l'organisation du cortège, les vêtements, les armes, les architectures : bric-à-brac rêvé ou copié selon les témoignages et les vestiges de la civilisation romaine (les bas-reliefs de l'Arc de Titus à Rome ?)... Mais ce qui frappe d'abord c'est l'aspect fantastique de ce monde dressé sur des piques au-dessus des porteurs (groupés en fonction de leur charge), vision d'impesanteur, effloraison sans ordre d'objets hissés malgré leur poids dans le ciel italien, comme le déménagement d'une fourmilière, un pillage, un envol extraordinaire pour la migration ou l'essaimage, une semaison ; en l'air : pavillons des trompettes, flambeaux, oriflammes, lares, bannières peintes, statues, trophées, lances, cuirasses, casques, armes de siège, vases, enseignes, musiques, bustes et feux... au-dessus des rangs rivés au sol, une garde-robe d'acrobate.

  • ombres

    Les cartons de Raphaël (il s'agit, comme on sait, de modèles pour des tapisseries commandées par le pape et destinées à la Chapelle Sixtine) ont été transférés au dix-neuvième siècle du château de Hampton Court au Victoria & Albert Museum. Les panneaux sont présentés dans une très grande salle ; des soucis de conservation imposent une lumière assez basse ; des vitres protègent le papier en y apposant des reflets. En l'état, il est bien plus difficile d'en apprécier les détails qu'on ne peut le faire, par exemple, sur des reproductions. Dans la Remise des clés, la subtilité du paysage est invérifiable, dérobée. C'est peut-être la pénombre qui accroît le poids des figures et rend plus sourdes et plus intenses les couleurs, sous le verre : je pense à la Pêche miraculeuse, à l'emphase des gestes, au bleu profond du lac comme le plomb qui semble charger le filet des pêcheurs. Telle qu'elle apparaît, leur manière s'éloigne de la clarté et de la grâce d'autres oeuvres de Raphaël (comme les Stanze du Vatican), favorisant la puissance, voulant, nous dit-on, rivaliser avec la couleur et les corps des peintures de Michel-Ange (qu'elles devaient côtoyer). (Mais c'est plutôt les fresques de Masaccio que rappelle la Prédication de Saint Paul, ses groupes de figures massives, l'autorité donnée au personnage prééminent qui, par son attitude, ouvre et ordonne l'espace, commande le mouvement et définit la perspective.)

  • Glaise

    Masque en guise de visage, peau grise, corps pleins, membres lourds, bras et jambes épais et ronds, cous, poignets, chevilles comme faits au tour  : quelquefois les personnages de Poussin semblent avoir pour modèle des figurines façonnées avec de l'argile blanche. Dans Eliezer et Rebecca, le peintre montre aussi une certaine prédilection pour cette matière : terre cuite des pots, terre crue et mouillée sur le sol autour du puits. Une jeune fille, ébahie à la vue des bijoux que le serviteur d'Abraham vient de faire paraître, a renversé un peu de l'eau qu'elle transvasait. Le récipient se reflète dans la flaque argileuse, les deux états se mêlent.

  • Bois

    Au musée de Dijon, une Nativité du Maître de Flémalle.

    Merveille des détails (comme ce bloc de silex dans le mur au premier plan) et de l'attention prêtée aux objets les plus humbles : voir le montant qui soutient le toit de l'étable, poutre mal équarrie, bois vieux et desséché décrit avec ses fissures, ses veines, ses plaques d'écorce tenace, ses encoches, ses clous. (Faut-il y voir une prémonition de la croix ? et la pierre blanche imite-t-elle le crâne qu'on figure souvent à ses pieds ?). Dans le paysage à l'arrière-plan, le bois des arbres (taillés ou intacts) semble pareillement mort. L'herbe a bruni et pâli ; mais l'absence de neige annonce peut-être le printemps.

     

  • Vue de Haarlem

    Le jour s'est levé, les champs s'éteignent. Chaque parcelle, blanche comme givre, est une une serre qui s'allume la nuit formant une plaque de lueurs orange. Au-delà, la plaine basse, les hauts nuages, la tache claire projetée par le soleil rappellent le paysage de Ruisdael.

  • Profil

    Au musée des Arts décoratifs.

    Outre tapis, meubles, boiseries, vaisselle, bibelots, plafonds peints, statuettes, ustensiles, etc., il y a au musée des Arts décoratifs quelques tableaux : isolés par un mur de la profusion du Louvre à côté, on peut voir parmi eux ce panneau d'une prédelle, de Bernardo Daddi. (Une scène de la vie de Saint Pierre Martyr : l'inquisiteur fait face à un cheval cabré (l'Hérésie ?) qui piétine l'assemblée en bas de la chaire ; un homme empoigne dans le dos le manteau de son voisin ; par-dessus l'effroi de la foule à demi renversée, la bête dressée et le dominicain se répondent , couverts d'une semblable robe noire ; le geste faible et rond du saint arrête à distance, brutalement, le profil du cheval emporté).