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Images peintes - Page 7

  • Cristallin

    Marine, de Claude Lorrain.

    Le format ovale du petit tableau renforce cette rêverie qui nait quelquefois des soleils couchants du Lorrain, l'impression que le paysage qu'ils illuminent ne s'étend pas extérieurement, sous un regard, mais qu'il a été saisi à la surface d'un globe où il se projette : nous contemplons l'image close qui s'est formée à l'intérieur d'un oeil. Cela explique la matière vitreuse, plus dense que l'air, qui remplit l'étendue transparente. Les nuages n'y flottent pas mais sont pris, comme les éclats blancs du ressac, dans son épaisseur. Le soleil est la pupille de cet oeil, l'ouverture où passent les rayons qui déterminent l'image.

  • Mal vus

    Au Musée d'Orsay.

    Les tableaux les plus célèbres sont souvent ceux qu'on voit le moins : je passe depuis vingt ans devant l'Olympia ou le Déjeuner sur l'herbe ; je remarque pour la première fois ce soir qu'Olympia n'a pas les cheveux courts, que ses cheveux sont coiffés en arrière et massés sur l'épaule gauche ; et, dans le Déjeuner, l'oiseau en vol au sommet de la toile (un bouvreuil ?).

  • Réveillon

    Corot, Le matin.

    Dans le langage des ateliers, on appelait "réveillon" le petit point rouge apposé par le peintre pour allumer un fond endormi. Corot, dans ses paysages, fut le maître des réveillons.
    (Jean Clair, Discours de réception à l'Académie française).

  • Portrait

    Goya, Portrait de Don Luis Maria de Cistué.

    (Les joues sont grosses, délicates et roses comme celles d’un vieil aristocrate ; elles apparaissent  trop précises contrastant avec les couleurs vibrantes de la ceinture et de l’habit. Le sérieux de l’enfance fige les traits ; le petit garçon nous regarde bien en face.
    Mais il songe tout de même à son chien ; et tend les deux mains qui tiennent la ficelle pour que l’animal aussi tourne la tête et prenne la pose : mais, au lieu de ça, le chien regarde son maître.)

  • La Mort de Saphire

    La Mort de Saphire, de Poussin.

    Saphire s'est effondrée, elle est morte, sa chair est devenue grise. Le petit groupe qui l'entoure est bouleversé, se penche sur elle, regarde vers l'apôtre dont la parole, qui vient de retentir, a suffi, semble-t-il, à la tuer. Seule à l'extrêmité gauche, une femme se détourne portant un enfant sous le bras ; elle retient encore sa compagne, l'invitant peut-être à délaisser la morte, à réserver sa compassion à d'autres. L'enfant nous regarde, suce son pouce, indifférent à l'événement.

    Saphire a menti sur le prix d'une propriété, espérant garder une partie de l'argent de la vente au lieu de le remettre à l'apôtre et à la communauté. Ses vêtements, sa parure, dénotent la richesse. Elle est la seule à porter des chaussures, elle a des rubans d'or dans les cheveux, en partie dissimulés.

    Perpendiculairement à la scène racontée, une vaste perspective monte dans la ville. De part et d'autre, les hauts bâtiments carrés semblent continuer, en y ajoutant une dimension, le dallage du premier plan. Entre eux, au-delà d'une bande grise indéterminée, il y a un bassin rempli d'eau ; puis une place, un grand escalier, une esplanade fermée sous un rocher couronné de tours. Sur cette autre rive, des figures drapées se promènent.

    L'étagement des plans place sous l'index accusateur de l'apôtre, dans l'éloignement, une scène d'aumône qui justifie la condamnation qu'il a prononcée. Une femme est allongée au bord de l'eau et tend la main ; une écuelle est posée à côté d'elle. Un homme donne d'une main et de l'autre désigne les apôtres et le petit groupe des adeptes comme la source de sa générosité.

    Un peu plus haut dans l'évangile, après la guérison d'un infirme, il est question de la pierre, que "vous, les bâtisseurs avaient dédaignée et qui est devenue la pierre d'angle". Les blocs épars autour du bassin renvoient peut-être à ces pierres rejetées. La ville opulente, au-dessus, est celle des "bâtisseurs", elle est semblable dans sa grisaille au corps mort de Saphire : à la tête brillent les fils d'or mais son visage est un masque livide et ses bras, épais et lourds, sont pleins de la pesanteur de la mort.

  • Absence

    Au musée de Rouen, Poliphile devant la reine Eleuthérilide de Lesueur.

    Poliphile agenouillé nous tourne le dos et la Reine qui le reçoit disparaît quelque peu dans l’ombre du dais qui surmonte le trône, si bien que ce n’est pas le centre de la composition, et son sujet, qui attire l’œil mais les marges : la cour féminine d'Eleuthérilide saisie, semble-t-il, par la dispute. Réparties en petits groupes, le long de la puissante architecture comme les philosophes de l’Ecole d’Athènes, les femmes tournent l’une vers l’autre leur profil engagé dans une discussion qu’animent les doigts oratoires, les gestes éloquents et les plis mouvementés des belles robes. L’une d’elle, cependant, à droite, ne participe pas à cette agitation de paroles ; elle est assise, les bras croisés dans le giron. Son regard est étrangement absent.

  • Combat de cerfs

    Le rut du printemps, de Courbet à Orsay.

    Une clairière non frayée, un ruisseau qui divague, trois cerfs occupés d'eux-mêmes. Y a-t-il dans tout le musée une oeuvre qui donne à ce point l'impression d'un monde dont l'homme est absent ? (Le spectacle aussi est étrange : la bizarre morphologie des bêtes, avec leurs "jambes de fuseaux" et leurs grands bois, les fait ressembler à d'énormes insectes, couleur d'humus ; les robes précises, les poses furieuses et rigides semblent appartenir à des animaux naturalisés : le deuxième cerf, langue pendante, est debout et mort ; le troisième brame et sa tête disparait dans son cri.)