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Images peintes - Page 4

  • Invention de l'espace

    Dans l'exposition Fra Angelico du musée Jacquemart-André.

    (Je retrouve une vieille connaissance : le Couronnement de la Vierge des Offices. On ne se laissera pas éblouir par la suavité des couleurs ou par la naïveté du fond d’or où les rayons gravés dessinent un ostensoir. Mais y a-t-il plus bel aperçu du paradis que l'aire céleste évidée par les anges dans leur danse autour de la Mère et du Fils ? La ronde fragmentaire trace deux arabesques qui ne seraient que décoratives si elles n’étaient intimement liées à l’espace réel qu’elles définissent (hors d'eux cet espace est de pure lumière), où s’arrangent les figures tangibles, les bras et les mains ployés et le balaiement des robes. Ces êtres ne sont pas des abstractions : ailleurs dans l’exposition, on comprend que ce sont les frères idéalement éveillés d’autres corps accablés par le sommeil, encore sourds à la grâce : le pauvre homme des miracles de saint Nicolas, les apôtres endormis de l’Agonie au jardin des Oliviers.)

  • A l'aube

    La rencontre de Jacob avec Rachel et Léa ou le matin, de Claude Lorrain, en provenance du musée de l’Ermitage, dans l’exposition "Destins souverains" au château de Compiègne.

    (Une source invisible illumine les lointains et condense ensemble dans le ciel les nuages et l’aube. Au centre, un bosquet presque aussi haut que la toile coupe le paysage en deux : le golfe marin à gauche, les abords de la ville à droite encore endormie sous une énorme fabrique. Le grand arbre marque négativement la course où le soleil va s’élever et dissiper les ombres qui s’attardent au premier plan. A son pied la brune Rachel, habillée en bergère, embrasse la blonde Léa (Les couleurs sont inversées  par rapport au tableau de Cortone au Louvre, l'Alliance de Jacob et de Laban, où dans la figure de Rachel, encore inquiète de l’arrivée de son père, le peintre a donné une des plus sensibles figures de femme de toute la peinture). On a l’impression que Lorrain a réuni ici deux épisodes du récit biblique : la rencontre de Jacob avec Rachel, au bord du puits où elle vient faire boire le troupeau de son père, et la prémonition de l’aube où Jacob découvre dans sa couche Léa au lieu de Rachel, ayant été trompé par Laban qui, dans la nuit, a substitué l’aînée à la cadette.)

  • Face et profil

    « Que l'on considère le Dessinateur faisant un portrait, la Cène de 1523 ou les deux Portements de Croix de 1520, on retrouve toujours une même  importance accordée aux deux "vues fondamentales" : la face et le profil. Souvent se rencontrent de bizarres combinaisons des deux, tels, par exemple, la figure d'un spectateur qui nous tourne le dos, mais dont le visage et l'une des jambes se montrent de profil, ou le saint Pierre de la Cène, dont le visage est de profil et le corps tout à fait de face ; quant au cinquième apôtre à partir de la gauche, dans la même gravure sur bois, sa pose est si crispée et si schématisée en même temps qu'on a parfois pris son épaule droite pour un coussin. Les exemples les plus significatifs s'observent dans la belle Déposition de Croix, où une vierge Marie de profil contraste avec une Marie-Madeleine de face ; et d'où l'un des porteurs marche parallèlement au plan de l'image, avec le corps et la jambe droite de profil, tandis que son pied gauche et son visage se présentent carrément de face ; et où le porteur de gauche, qui marche à reculons, tourne la tête de profil vers la gauche tandis que ses pieds pointent vers la droite. »

    (Panofsky, la Vie et l'Art d'Albrecht Dürer)

    (On rêverait d'en apprendre plus sur cette étrange manière "des figures de face ou de profil", dont le chef-d'oeuvre serait la fameuse Visitation de Pontormo à Carmignano).

  • Souffle

    Le Parnasse de Claude Lorrain, dans l'expostion du Louvre.

    (Il y a bien un temple de pierre au sommet de la montagne, à gauche ; mais le Temple véritable ce sont les arbres sur l'épaulement, à mi-pente. Les troncs plus idéaux que des colonnes marquent l'aire où se tiennent Apollon et les Muses. Les poètes s'assemblent dans la pénombre, comme les bêtes viennent boire au fleuve mêlé des eaux de la source Hippocrène, et le jour naissant dresse un fond d'or dans le sous-bois. Cependant, au-dessus de la lyre du dieu, une agitation trouble le feuillage, comme :)

        Le visible et serein souffle artificiel
        De l'inspiration qui regagne le ciel

     

  • Nebensonnen

    L'Origine du corail, dans l'exposition Lorrain du Louvre.

    (Voit-on jamais le soleil se refléter ainsi dans la mer ? non, je pense à un autre spectacle : à la voûte du Panthéon de Rome ; la lumière du soleil pénètre par l'oculus et peint un second cercle de même taille plus bas dans la coupole. Là le regard de Méduse a véritablement fini de pétrifier l'univers ; les cieux sont de pierre, l'horizon est clos et l'arbre et l'arche naturelle ont composé les colonnes du portique.)

  • Lessive

    Paysage avec l'archange Raphaël et Tobie de Claude Lorrain, dans l'expostion "Nature et Idéal", au Grand Palais.

    ("La mélancolique lessive d'or du couchant" va-t-elle emporter le monde ? Le paysage d'estuaire se défait doublement dans le soir, l'obscurité effacera la terre comme la mer absorbe le fleuve. Les montagnes au loin seront balayés ainsi que les nuages, de même couleur. Mais, avant la nuit, l'ange indique à Tobie, enfoui dans les entrailles du poisson, le remède à la cécité de son père, comme la formule d'une aube miraculeuse et future.)

  • Pierre de Cortone

    Paysages de Pierre de Cortone dans l'exposition "Nature et Idéal", au Grand Palais ; également à Rome, galleria Barberini, la Vue de la villa Sachetti à Castel Fusano.

    (C'est ici vraiment que

      la vie afflue et s'agite sans cesse,
    Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer

    Ici on voit le frémissement élémentaire ; comme la branche dans le lit du vent, ou les herbes d'eau prises dans un courant, les êtres sont empreints par un souffle essentiel. La même impulsion fait que l'oiseau prend son vol et que les nuages s'assemblent au-dessus des monts, que la paysanne se retourne, que la baigneuse se détourne. Les voyageurs sont en marche. La brise favorable gonfle la voile, le fleuve roule dans la contrée, les fenêtres sont ouvertes dans les maisons que l'air traverse de part en part. La terre est fertile, giboyeuse et habitée.)