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Mes bouquins refermés - Page 8

  • Seid gnädig

    Au réveil, j'ai dans la tête le "Seid gnädig, hohe Götter" du Paulus de Mendelssohn — après un rêve embrouillé où je négociais longtemps avec un ouvreur la place que j'occupais sans titre pour ce concert gratuit d'un grand orchestre allemand, dans une ville dont je ne parvenais pas à retrouver le nom.

  • Don du poème

    Villiers avait été à Saint-Brieuc au moment du jour de l'An et il avait acheté un tambour pour le donner à un neveu. Le matin, il reçoit une lettre de Mallarmé, contenant la pièce "Don du Poème". Aussitôt, il descend au jardin et se met à jouer du tambour. La famille accourt et, gravement, Villiers leur fait lecture du poème.

    (Henri de Régnier, Les Cahiers)

  • Endymion

    Il fait nuit. Notre aéronef passe dans les ténèbres, à mi-chemin de l'obscurité de la terre et de celle du ciel ; l'une, l'inférieure, est close mais l'autre est ouverte et humide comme un gouffre, où les étoiles sombrent. Au sol les agglomérations s'arrangent en éclats, semblables à des traces de coup dans une vitre ; ce sont les impacts de l'ombre tombée sur la terre. Leurs lignes enchevêtrées sont discontinues, faites de points brillants qu'on pourrait compter ; car le lampadaire de l'éclairage public représente ici, au centre du halo, l'élément dénombrable de l'organisation humaine. Cependant le reflet blanc de la lune, écartant le feuillage nocturne, court dans le réseau lumineux et fait voir aux interstices, entre les grains de lumière orange, le bain d'une eau noire amie à l'astre vague.

  • Suspens

    Avant la fin de la nuit, dans la lumière de l'aube, il y a un grand quart d'heure où la terre délaisse son immobile planéité. Les vallées sombrent, les collines s'élèvent. La plaine est agitée par une houle fort lente. Sur les sommets, au-dessus des ravins, comme l'écume à la crête des vagues, les bois tremblent et font aller et venir dans la bonace les dernières feuilles à l'extrémité de leurs branches. Au profond de l'ombre, l'eau, que la dénivellation excite, coule plus rapide et brille ; les deux rives augmentées étreignent les nuages et refoulent vers l'amont un épais brouillard. Tout gonfle, et les couches basses de l'atmosphère et les limites supérieures du sol s'étagent plus hardiment dans l'épaisseur, se disjoignent et s'intercalent, semblables à la rêverie et au rêve du dormeur à demi réveillé. 

  • Noël

    On survole avant l'atterrissage, dans ces semaines de décembre, les lotissements habituels, crépusculaires et mornes, absolument déserts. Seule, parmi les maisons identiques, une que l'ennui a rendue folle, clignotante et enguirlandée, allume toutes ses loupiotes comme une machine au dernier degré de l'alarme.

  • "Voyez-vous"

    Au sortir d'une lecture de Kahn chez Leconte de Lisle, Mallarmé disait à Heredia : "Voyez-vous, tout cela c'est bien, mais, depuis la grande déviation homérique, il n'y a que moi qui ai su ce que c'était que la Poésie. Seulement, je suis un infirme. Mais Shakespeare, Hugo... ce sont des exceptions brillantes."

    (Henri de Régnier, Les Cahiers)

  • Peu de mémoire

    J'ai composé, tout en me promenant, bien des phrases parfaites dont je ne me rappelle pas un mot, une fois rentré chez moi. La poésie ineffable de ces phrases vient-elle tout entière de cela qu'elles ont été, ou bien, en partie, de n'avoir jamais été ?

    (Pessoa, Le Livre de l'Intranquillité, trad. F Laye)