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Mes bouquins refermés - Page 7

  • Histoire du cheval nommé Freyfaxi

    Relu la Saga de Hrankfell Godi-de-Freyr.

    L'élément primordial, l'os, du récit se trouve dans l'histoire du cheval Freyfaxi, véritable animal-totem de Hrafnkell, le héros de la saga.

    Hrafnkell possédait un animal de prix qui lui semblait meilleur que tout autre. C'était un cheval gris-brun avec une raie noire sur le dos, qu'il appelait Freyfaxi [c'est-à-dire Crinière de Freyr, le dieu de la fertilité et du soleil]. Il offrit ce cheval à Freyr, son ami. Il avait tant d'affection pour ce cheval qu'il fit le vœu de tuer tout homme qui le monterait sans son contentement.

    Hrafnkell embauche Einarr, fils de Thorbjörn. Comme, par la faute de son père (c'est l'élément déclencheur de la catastrophe), Einarr s'est présenté tardivement, Hranfkell ne peut lui confier qu'un emploi de berger dans les hauteurs où Freyfaxi divague avec un troupeau de douze juments. Il met en garde le garçon et lui rappelle le vœu qu'il a prononcé, de faire périr quiconque monterait la bête ; car : N'est pas coupable celui qui en a prévenu un autre.

    Or un jour Einarr, parti à la recherche de trente brebis égarées, rencontre les chevaux ; il veut s'emparer d'une jument mais elles s'enfuient ; seul Freyfaxi reste tranquille et immobile. 

    Einarr savait que le matin s'avançait et pensa que Hrafnkell ne saurait pas qu'il avait monté le cheval. Aussi il le prit, le brida, le sella, l'enfourcha et remonta le long du ravin de la Grjota jusqu'à la hauteur des glaciers, puis à l'ouest, en longeant le glacier, là où disparaît la Jökulsa, puis redescendit le long de la rivière jusqu'à Reykjasel... Einarr chevaucha Freyfaxi sans arrêt de l'aube jusqu'au soir. Le cheval le porta vite et loin, tant il était vigoureux... 

    Le soir, le cheval crotté et épuisé échappe à Einarr et descend jusqu'à la ferme de Hrafnkell qu'il réveille par ses hennissements, dénonçant pas son aspect le mauvais traitement qu'il a subi. 

    Hrafnkell, selon sa promesse, tue Einarr. Le père d'Einarr sollicite l'aide de son neveu Samr afin qu'il venge le mort. A l'occasion du procès, Samr conclue une alliance avec Thorkell : celui-ci, tel un négatif de Freyfaxi, était facilement reconnaissable, car il avait une mèche claire dans les cheveux, du côté gauche.

    Grâce à ce renfort, Samr s'empare de Hrafnkell et le chasse de la contrée, après l'avoir cruellement blessé. On envoie chercher le fameux cheval.

    Ils conduisent [Freyfaxi] maintenant au bas du champ. Au bord de la rivière, il y a une falaise qui forme un gouffre profond. Ils conduisent le cheval en haut de la falaise. Les fils de Thjostarr mettent un sac sur la tête du cheval, prennent ensuite de forts gourdins et poussent le cheval en avant, après lui avoir attaché une pierre au cou, et le précipitent ainsi. L'endroit s'appela ensuite : falaise de Freyfaxi.

    En apprenant la nouvelle, Hrafnkell reniant Freyr déclare : "Je pense que c'est folie de croire aux dieux." (Cependant, la fortune n'abandonne pas Hrafnkell qui finit, dans une deuxième partie plus faible sans doute que la première, par se venger et retrouver ses terres.)

    (trad. R Boyer)

     

     

  • Ville

    On survole la mer. Par une trouée, dans les nuages, la ville apparaît. Les constructions couvrent toute l'aire plane d'un estuaire, suivant la ligne des rives et du rivage. Elles sont, sans doute, plantées dans le sable des alluvions que le fleuve a déposées, à l'intérieur d'une courbe idéale qui partie de l'embouchure s'arrondit vers le nord et vers le sud. (C'est la seule explication imaginable d'un dessin si régulier). En-deçà, elles s'arrangent au hasard comme un campement de toile dans la plaine. Mais la merveille tient d'abord à leur architecture, faite de la juxtaposition de mille parcelles de verre que n'entrecoupent aucune rue aucune place visibles. Peut-être les façades et les toitures sont-elles entièrement vitrées, ainsi que les avenues et les esplanades. Le degré d'inclinaison de chaque volume explique la gradation des teintes, selon l'incidence de la lumière : du gris fumé au blanc, de l'extinction à l'éclat. Ou bien ce serait l'épaisseur des feuillets superposés dans la profondeur transparente. Cependant les lueurs palpitent ; la ville bat comme un panneau dans un courant d'air et ses reflets ressemblent à des vagues au soleil.

  • "Allez-vous en."

    De nos jours, un peintre fait votre portrait en sept minutes ; un autre vous apprend à peindre en trois jours ; un troisième vous enseigne l'anglais en quarante leçons. On veut vous apprendre huit langues avec des gravures qui représentent les choses et leurs noms au-dessous, en huit langues. Enfin, si on pouvait mettre ensemble les plaisirs, les sentiments ou les idées de la vie entière, et les réunir dans l'espace de vingt-quatre heures, on le ferait ; on vous ferait avaler cette pilule, et on vous dirait : "Allez-vous en."

    (Chamfort, Maximes et pensées)

  • Recueil

    La plupart des faiseurs de recueils de vers ou de bons mots ressemblent à ceux qui mangent des cerises ou des huîtres, choisissant d'abord les meilleures et finissant par tout manger.

    (Chamfort, Maximes et pensées)

  • Le petit chat

    Mallarmé rima ainsi l'épitaphe d'un petit chat :

    C'était un très bon petit chat
    rieur, à la prunelle bleue.
    Il ne voulait pas qu'on marchât
    trop fort sur le bout de sa queue.

    Et il me raconte, avec ce tact du rien qui est le charme de son parler, que, d'habitude, quand mourait un des chatons, il les emportait à Versailles, où on l'enterrait dans un coin du parc. Et Marras, qui, comme conservateur, avait la direction des Eaux, faisait dans un coin, discrètement, un panache cristallin ! 

    (Henri de Régnier, Les Cahiers)

  • Lectures

    Livres lus en 2013 (en gras, ceux qui m'ont laissé la plus forte impression).

    Hiver
    Evelyn Waugh, A Handful of dust.
    Victor Hugo, La Fin de Satan.
    Wolfram von Eschenbach, Parzifal.
    Alberto Savinio, Ville, j'écoute ton coeur.
    Enrique Vila-Matas, Le Mal de Montano.
    Président de Brosses, Lettres d'Italie.
    WG Sebald, Vertiges. (relu)

    Printemps
    Thomas Bernhardt, Des arbres à abattre. (relu)
    WG Coetzee, The Childhood of Jesus.
    Gabriele D'Annunzio, Le Feu.
    Ugo Foscolo, Les Dernières Lettre de Jacopo Ortiz.
    Stendhal, La Chartreuse de Parme. (relu)
    AS Byatt, Possession.
    Emily Brontë, Wuthering Heights. (relu)
    Laurence Sterne, Life and Opinions of Tristram Shandy.

    Eté
    Wilkie Collins, The Woman in White.
    Robert Musil, L'Homme sans qualités, I. (relu)
    Jean Cocteau, Thomas l'imposteur.
    Henri Thomas, Le Précepteur.
    Henri Thomas, Le Parjure.

    Automne
    Henri Thomas, La Cible.
    Juan Carlos Onetti, Les Bas-Fonds du rêve.
    Henri Thomas, Joueur surpris.
    Juan Carlos Onetti, Le Chantier.
    Juan Carlos Onetti, Une nuit de chien.
    Henry JM Levet, Cartes postales.
    Donna Tartt, The Goldfinch.
    Juan Marsé, Boulevard du Guinardó.
    Eça de Queiros, Les Maia.

  • Le Jugement dernier des dindes

    Mallarmé disait un soir : "Qui sait si ce n'est pas par nous et par l'épreuve comme divine de notre goût que la volaille apprend si elle a été bonne ou mauvaise, et si notre jugement n'est pas la façon qu'elle ait de survivre et une sorte d'immortalité qu'elle nous emprunte ?"

    (Henri de Régnier, Les Cahiers)