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Projections - Page 8

  • The fortune cookie

    Au cinéma, la Grande Combine de Billy Wilder.

    Un caméraman (Harry Hinkle) est renversé accidentellement par un joueur lors d'un match de football américain. Son beau-frère, un avocat véreux (Gingrich, joué par l'impayable Walter Matthau) le convainc de simuler la paralysie pour empocher un dédommagement substantiel (et, argument décisif, par ce moyen faire revenir son ex-femme).

    Trois choses :

    - le mauvais esprit de Wilder : le footballeur fautif, torturé par le remords, se met au service de sa supposée victime (il déprime et manque abandonner le sport). Ce personnage qui incarne la naïveté et la générosité est noir : face à son dévouement les autres ont vite fait de le traiter « naturellement » en bonne à tout faire ou en chauffeur (mais ce n'est que lorsque le discours deviendra franchement raciste que Harry Hinkle réagira et défendra son ami)

    - une leçon sur la vérité et le mensonge au cinéma : Harry Hinkle revient dans son appartement avec son ex-femme ; il est filmé et écouté (d'abord à son insu) par des détectives à la solde de la compagnie d'assurance. Leur caméra enregistre fidèlement la mise en scène des deux simulateurs : lui en paralytique, elle en femme amoureuse. Mais, à la fin, le même dispositif servira pour déjouer la mystification : Harry Hinkle joue la vérité devant l'objectif, se levant de sa chaise et démontrant par ses acrobaties son absence d'handicap (quitte à faire une deuxième prise si la première n'est pas satisfaisante)

    - la comédie des objets : il y a les gadgets qui déferlent sur l'Amérique des années 60 (fauteuil roulant électrique, skate-board, effroyable machine pour transformer une baignoire en jacuzzi) ; il y a également les accessoires « attributs » des personnages (et d'où naît le gag) : le corset dont Harry s'affuble ou se débarrasse en fonction de la plus ou moins grande emprise que son beau-frère a sur lui ; la bougie brandie par Harry devant son ex-femme qui se déshabille ; l'urinal que Gingrich tend à son beau-frère lui promettant « la fortune sur un plateau d'argent »

  • The cobweb, de Minnelli

    Au cinéma, the Cobweb de Minnelli (non, ce n'était pas avec Zvezdo).

    Je confirme le diagnostic : confusion entre la clinique et le monde extérieur (même décor) ; confusion entre la vie professionnelle et la vie familiale et intime (fils, père, mère, épouse, maîtresse à l'hôpital et à la maison : qui habite où ?) ; confusion entre les médecins et les patients (voir dans les premières scènes l'ambiguïté sur la place du personnage joué par Lauren Bacall) : oui tout le monde est fou et les fous les plus méchants ne sont pas ceux qui se font soigner.

    Mention spéciale à Lilian Gish, certes, mais aussi à la grande Gloria Grahame dans un rôle antipathique de bourgeoise, intelligente et superficielle, une femme qui se noie.

    Déjà vues chez Minnelli, ces scènes culminantes (grand décor en plateau survolé par la caméra) qui forment paysage mental : ici la police draguant l'étang à la recherche du corps du « fils », artiste, malade, fugitif. Pendant que le « père » médecin va et vient dans le désordre de la nuit, montant et descendant, un phare orange panique clignote sur les eaux noires.

  • 49th Parallel

    Au cinéma, deux films de Powell.

    Le 49ème Parallèle : étrange choix, en 1941, d'avoir comme héros un groupe de militaires allemands débarqués d'un sous-marin, pour une promenade macabre mais quasi-touristique à travers le Canada. (C'est par ailleurs l'occasion d'entendre du Vaughan Williams).

    Les Contes d'Hoffmann : erreur commune, je rêvais aux contes d'ETA Hoffmann, et puis j'ai eu l'opéra calamiteux d'Offenbach.

  • Les Joueurs d'échecs

    Au cinéma, Les Joueurs d'échecs, de Satyajit Ray.

    Une scène de danse comme dans Le Salon de Musique. Les mouvements de la danseuse paraissent plus lents que le rythme marqué par les instruments. Deux miroirs face à face multiplient son image. Le Premier Ministre, porteur de mauvaises nouvelles, vient d'entrer. Il s'arrête en pleurs. Il attendra que la représentation soit terminée pour annoncer la catastrophe, l'ultimatum des Anglais, la suppression du royaume. Le roi, accroupi comme les musiciens aux pieds de la danseuse, ne l'a pas vu. Il caresse un chat.

    Il y a ces phrases dans Le Sud de Borges : Il se souvint brusquement que, dans le café de la rue Brasil, tout près de la maison d'Yrigoyen, il y avait un énorme chat qui, telle une divinité dédaigneuse, se laissait caresser par les clients. Il entra, le chat était là, endormi. (...) Il pensa pendant qu'il lissait le noir pelage, que ce contact était illusoire et que le chat et lui étaient comme séparés par une plaque de verre, parce que l'homme vit dans le temps, dans la succession, et le magique animal dans l'actuel, dans l'éternité de l'instant. (trad. R. Caillois)

  • Trouble in Paradise

    Au cinéma, revu Haute Pègre. Le meilleur film de Lubitsch ?

    Si c'est vrai, c'est grâce à Kay Francis.

  • Gertrud

    Au cinéma, revu Gertrud, de Dreyer.

    L'ancien amant allume deux bougies de part et d'autre du miroir (qu'autrefois il a offert à Gertrud), pour une invocation – oh voir le passé s'y inscrire – mais le passé est mort puisqu'il l'a trahie ; la robe noire qu'elle a revêtue, c'est manière de deuil : elle est venue éteindre les flammes.

    Dans la haute pièce vide, Gertrud est dévorée par les chiens (chiens tissés du rêve). A côté on joue la musique d'Erland – le nocturne où elle s'abandonne – maintenant avec ces paroles où il la renie. Un panneau s'ouvre ; on avance un piano comme un échafaud qu'on dresse. Il est là pour qu'elle chante cette chanson absurde de Schumann. Sa voix manque : elle s'effondre.

    Mais le regard de Gertrud ne se perd pas dans le vide, il reste fixé en elle-même sur cette lumière qu'elle fait triompher seule – et dans le combat horrible, ses yeux ne cillent pas

  • The Life and Death of Colonel Blimp

    Au cinéma, Colonel Blimp, de Powell et Pressburger.

    War starts at midnight ! c'est le mot d'ordre de l'exercice organisé par le Général Candy. Mais il n'est que dix-huit heures et déjà les soldats d'une unité convergent sur Londres et plus précisément vers les bains turcs où le Général se prépare à une nuit difficile. En quelques minutes et malgré les efforts de la mystérieuse Mata-Hari, il est fait prisonnier. Insubordination notoire ! c'est la tactique de la Blitzkrieg appliquée au sein même de l'armée britannique. Mais la leçon est la suivante (si vous ne l'avez pas comprise, ne vous inquiétez pas, elle sera répétée plusieurs fois pendant ce très long film) : nous sommes en 1943, les ennemis ne sont pas des gentlemen, ils ne respectent pas les consignes.

    Cette femme qu'on entraperçoit dans le prologue sans pouvoir l'identifier avant la fin du film, on ne voit pourtant qu'elle tout du long (Deborah Kerr joue plusieurs rôles). A chaque nouvelle incarnation, il y a une scène où on la reconnaît peu à peu : la première fois parmi des infirmières pendant la première guerre mondiale (au milieu des uniformes, sous la coiffe identique, un visage qui se dérobe) ; le seconde fois, dans la nuit du couvre-feu à Londres, éclairée par un feu rouge puis par la lumière blanche des phares.