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Mes bouquins refermés - Page 139

  • Promontoire

    Une villa romaine occupait l'extrémité de la presqu'île. Les ruines que l'on voit aujourd'hui sont celles des constructions inférieures ; elles formaient le soubassement de la terrasse mi-artificielle mi-naturelle où étaient installés les bâtiments d'habitation, autour d'une grande cour ou jardin. Ce sont ces cryptoportiques, ces arcs, ces voûtes détruites qui ont fait donner à l'endroit le nom de Grottes.

    Le sommet du promontoire est un champ planté d'oliviers. L'étendue est limitée par un vide, laissé par l'effondrement des étages inférieurs, avec au-delà la surface du lac. Un jardin suspendu entre le ciel et l'eau.

     

  • Mal vus

    La princesse de Trébizonde, qui plaisait tant à Giono, était peut-être visible il y a quelques années encore, accrochée à hauteur d'homme dans la Chapelle Giusti de Sant'Anastasia. Plus maintenant : la fresque de Pisanello a retrouvé sa place d'origine au-dessus de l'arc de la Chapelle Pellegrini, à dix mètres du sol.

    Le célèbre triptyque de Mantegna à San Zeno Maggiore de Vérone a été installé dans le chœur. On devine l'espace majestueux qui entoure les figures et que des piliers carrés instaurent devant l'azur semé de nuages blancs. Mais une barrière dans l'église interdit de s'approcher. Faut-il alors se réjouir que le retable ait été privé de sa prédelle et que le panneau central en soit exposé au Louvre ? (pourtant dans un endroit aussi peu propice que la Grande Galerie).

  • Mantoue

    (...) des peintures où Mantegna a accordé l'histoire des Gonzague aux arbres, aux chevaux, aux monuments et au ciel, en trouvant même, au-dessus de leur destin qui paraît d'ailleurs ici plus lourd que joyeux, la place du rêve que suscite toute trouée vers le lointain. (Jaccottet - La Semaison)

    [Mantegna - Fresques de la Chambre des époux - détail de l'oculus]

    (Arasse voit dans dans les nuages, le profil d'un visage typiquement mantegnesque, autoportrait, incertainement visible)

    (HAMLET : Do you see yonder cloud that's almost in shape of a camel ? POLONIUS : By the mass, and 'tis like a camel, indeed. HAM. : Methinks it is like a weasel. POL. : It is backed like a weasel. HAM. : Or like a whale ? POL. : Very like a whale.)

  • Italian Hours

    I write these lines with the full consciousness of having no information whatever to offer. I do not pretend to enlighten the reader ; I pretend only to give a fillip to his memory ; and I hold any writer sufficiently justified who is himself in love with his theme.

    Dans les pages d'où sont extraites ces lignes, Henry James ne fait pas beaucoup plus que donner une liste de tableaux (rappelant que Venise ce n'est pas la littérature ou la musique - quoi qu'en dise Nietzsche - mais la peinture, et que ce n'est que là qu'on peut avoir une idée du génie de Bellini, Carpaccio ou Tintoret).

    Notamment : l'Assomption, de Titien (à l'époque à l'Accademia, maintenant aux Frari) ; la Présentation de Marie au Temple, de Tintoret (à Santa Maria dell'Orto) ; le Baptême du Christ, de Cima da Conegliano (à San Giovanni in Bragora) ; la Crucifixion, de Tintoret (à la Scuola di San Rocco) ; la Vierge aux anges musiciens, de Bellini (aux Frari) ; la Pala de San Giobbe, de Bellini (à l'Accademia) ; la Pala de San Zaccaria, de Bellini (à San Zaccaria) ; Saint Jérôme, de Bellini (à San Giovanni Crisostomo) ; San Giovanni Crisostomo, de Sebastiano del Piombo (dans la même église) ; les Deux dames vénitiennes, de Carpaccio (au Musée Correr).

    Et puis encore deux œuvres jumelles de Carpaccio. Chambre, solitude, visitation divine : la lumière surnaturelle ou l'ange entrent par les ouvertures du mur de droite, réduites à des fentes par la perspective. Sainte Ursule endormie (à l'Accademia) et Saint Augustin (à la Scuola de San Giorgio degli Schiavoni).

    (Scuola di San Giorgio degli Schiavoni : un endroit magique, symbole de Venise, pour l'accord du lieu et de l'image).

  • Flammes peintes, langues de pierre

    Matin dans le vaporetto n°42 vers les Fondamente Nove. Dans la brume une Venise nouvelle paraît, bleue au loin resserrée dans son île, fantastique : non pas le sommet pointu de tours par-dessus les murs, mais la cime des cyprès du cimetière de San Michele.

  • La même chose

    Une phrase de Philippe Jaccottet dans la Semaison : je ne fais que redire la même chose toujours ; si au moins ce pouvait être de plus en plus vrai.

  • L'art du sous-entendu

    Dans la Saga des Sturlungar, avant la bataille d'Örlygsstadir (21 Août 1238), le récit ralentit pour détailler le rassemblement et l'itinéraire des armées. Alors, de façon exceptionnelle dans un texte si peu bavard, une longue série de prémonitions, rêves et visions accompagnées de poèmes déclamés, annoncent de façon plus ou moins voilée le sort des adversaires : la victoire de Gizurr, la défaite et la mort de Sturla et des siens.

    La nuit qui précède l'affrontement, les rêves visitent les deux chefs. Gizurr raconte le sien, favorable, et conclut sans vouloir se prononcer sur la valeur à accorder à l'augure : « Mieux vaut rêver que pas ».

    Cependant, chez l'adversaire :

    Sturla se réveilla alors que le soleil était levé depuis peu. Il s'assit, le visage tout en sueur.
    Il se passa la main sur la joue en disant : « les rêves n'ont aucun sens ».
      (trad R Boyer)

    On n'en saura pas plus : au lecteur d'imaginer les rêves de Sturla.

    (Dans les sagas islandaises, en général, le destin du héros peut se résumer à : il va mourir et il le sait ; et son idéal : faire malgré tout bonne figure. Il sait qu'il va mourir peut-être grâce à un rêve prémonitoire mais surtout parce que l'issue du combat est rarement douteuse. Dans ce monde, la notion d'un affrontement loyal et équilibré n'a pas de valeur. Qu'un homme seul soit attaqué par cinq adversaires, qu'il soit pris au piège et brûlé vif dans sa ferme sans pouvoir se défendre, cela ne nuit pas à la réputation des assaillants.)

    (Le rêve, le combat inégal, l'idéal héroïque : je suis à nouveau ramené au Sud de Borges.)