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Noms de musiciens - Page 7

  • Chostakovitch, Mahler

    Concert au théâtre des Champs-Elysées.

    (Début du dernier mouvement de la neuvième de Chostakovitch ; une ponctuation de cuivre, vents et cymbales, prolongée par le frémissement imperceptible des altos : voilà le silence de l'aube ouvert pour le chant du basson.)

    (Quatrième de Mahler :

    Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fais rougir.
    Il y a une horloge qui ne sonne pas.

    Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

    Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant. A l'issue du Ruhevoll, nous avons vidé la boîte et, en avançant, semé tous les joujoux, nous avons traversé la longue après-midi, le pays plein de repos et d'ombres, nous avons rejoint les violons vibrant derrière les collines et poursuivi jusqu'après les lointains pleins de lumière ; après la nuit et le jour, nous voilà certes arrivés dans l'outre-monde, dans le temps trop heureux d'une enfance ultérieure. "Wir geniessen die himmlischen Freude".)

  • Wagner, Schumann, Tchaïkovski

    Concert au Théâtre des Champs-Elysées.

    (Une fanfare omineuse, qu’on a l’impression d’avoir entendue ensuite bien des fois chez Mahler, ouvre le premier mouvement de la Quatrième de Tchaïkovski. Elle me fait penser à cette scène de Mulholland drive où le réalisateur est convoqué en pleine nuit par un improbable cow-boy. Après lui avoir signifié ses instructions, le cow-boy lance pour finir une espèce d’avertissement sinistre : "Now you will see me one more time, if you do good. You will see me two more times, if you do bad." Dans le dernier mouvement, la fanfare se fait entendre à nouveau, abruptement, comme une tête de mort tombée sur l'étal d'un confiseur.)

  • Beethoven

    Concert Beethoven au Théâtre des Champs-Elysées : Huitième et Septième symphonies, ouvertures d'Egmont et de Coriolan.

    (La masse et la concentration de l'orchestre donnaient à l'entêtement de la musique de Beethoven, à son

    Ce n'est rien ! j'y suis ! j'y suis toujours

    une énergie proprement titanesque. L'ouverture de Coriolan, offerte en bis, était d'une intensité que je ne crois pas avoir entendue une autre fois au concert.)

     

  • Haydn, Chostakovitch

    Concert au Théâtre des Champs-Elysées.

    (Belle Cinquième de Chostakovitch, froide, se tenant à distance d'elle-même : comme la voix qui énonce clairement et en choisissant ses mots que sa propre langue lui est désormais interdite, que, pour elle, le sens est perdu, qu'elle ne peut plus parler.)

  • Haydn

    Concert, salle Pleyel.

    (On ne s'ennuie pas dans les Saisons de Haydn: le coq chante, le rouet tourne, les lièvres détalent. Les paroles et l'orchestre jouent aux devinettes sans cependant poser de questions... puisque la réponse du livret précède souvent l'énigme que les instruments représentent ; la musique peut tout figurer : bêtes et gens, vents et météores et jusqu'à la musique elle-même (quand, à l'hiver, les paysans se mettent à danser). J'ai un faible pour l'été : la torpeur chantée par le ténor et, avant l'aube, les lourds battements d'ailes des oiseaux de nuit qui "refuient vers les régions de l'obscurité.")

  • Haydn, Bruckner

    Concert à la salle Pleyel.

    (Quand l'Adagio de la 7ème de Bruckner commence, il ne semble que rendre sensible une musique antérieure. On l'entend la première fois comme une répétition. Quelque chose courait souterrainement qui maintenant affleure. Ce n'est qu'après l'apogée du mouvement (avec coup de cymbales et sonnerie de triangle) que le thème enfin retentit isolément, mis à nu, lavé des voix antérieures ; il résonne dans l'espace que l'énorme marée sonore, en se retirant, a dégagé.)

  • Mozart, Brahms

    Concert à la Salle Pleyel.

    (Quelquefois chez Mozart, je crois trouver l'empreinte d'un sentiment différent du temps : dans la 41ème symphonie, comme dans le 24ème concerto pour piano, on dirait qu'un autre souffle emporte la musique ; ce n'est plus l'écoulement invariable et irréductible de sa propre durée. Une pointe mortelle s'est insinuée dans l'élément immuable. Notre vie va finir et l'époque, qui en est l'amplification, s'achèvera pareillement. Dans les soupirs trop profonds de l'Andante, dans les accélérations de l'allegro initial, j'entends le pivotement des siècles, la conscience d'un âge révolu et d'un âge nouveau.)