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Noms de musiciens - Page 4

  • Schubert

    Le Voyage d'hiver, salle Pleyel.

    (D’où vient le vagabond ? De la ville, de la maison de sa bien-aimée, du lieu de son amour perdu. Où va-t-il ? Nulle part : il s’éloigne ; la destination manque ou n’est que l’envers de l’origine, dont le fantôme danse dans l’air, comme le feu follet qui perd le poète ou le corbeau qui l’accompagne. Le ruisseau retourne à la ville, le postillon en vient. Les directions sont marquées. Mais le marcheur est sans itinéraire, il n’y a pas de route pour lui, son errance passe en dehors des chemins. Sans point d’arrivée, le voyage n’a pas de fin inscrite dans le temps, il se terminera avec le voyageur : là-bas la mort rôde, c’est le vielleur qui tourne la roue de son instrument. L’hiver n’appartient plus au cycle de l’année ; le cercle a été brisé comme celui que l’amoureux grave dans la glace. Ce temps est une défection, c’est la saison du passé révolu : le gel ou la neige couvrent le souvenir d’une pellicule infranchissable. L’herbe et les eaux vives se devinent au travers.  Mais la transparence n’est qu’une illusion, elle procède du rêve ou de la folie et le froid est irréversible. Cette saison et ce pays de l’absence sont tels que le voyageur les chante ; sa colère y souffle, le givre est son amertume, l’espace sa nostalgie. Sa voix hante l’allégorie, la fait vivre de sa présence insigne et meurt avec elle.)

  • Liszt, Mahler, Duparc, Strauss

    Récital de lieder et de mélodies au théâtre des Champs-Élysées.

    (On a beau connaître par cœur la Vie Antérieure de Baudelaire, dans la version de Duparc, et savoir comment cela se termine : in cauda venenum, le frisson demeure. Le poète a retourné le paysage de Claude Lorrain. Portiques, quais et gréements : toutes ses lignes s’ordonnaient selon le disque parfait du soleil, bas sur l’horizon. Mais ici les rayons aboutissent à l’œil qui les reflète ; le point est sensible. Il détermine la vision. Les élancements de la conscience expliquent le balancement des palmes et les oscillations marines ; les houles roulant font l’écho du douloureux final.)

  • Haydn

    Les Saisons de Haydn, au théâtre des Champs-Elysées.

    (Non pas die Jahreszeiten mais the Seasons : le livret a été traduit en anglais, retrouvant la langue originelle du poème qui l’a en grande partie inspiré. Cela permet aux interprètes de chanter avantageusement dans leur langue maternelle (on comprend ce qu’ils disent), mais certaines scène perdent peut-être de leur rusticité bonhomme, fêtes paysanne de l’automne et de l’hiver, avec l’irrésistible chanson des fileuses et la ballade de Hanne.  L’été reste la plus voluptueuse des saisons mariant l’indolence et la fureur.  La pénombre de l’aube s’accorde avec l’alanguissement du plein midi, l’agitation secrète qui précède le jour est semblable aux murmures des eaux et au bruissement des feuilles dans la torpeur méridienne ; la violence de l’orage répond à l’éclat du soleil levant.)

  • Elgar

    Concert à la Philharmonie de Berlin : le Songe de Gerontius, d'Elgar.

    (Après la mort, nous serons emportés à travers les ciels superposés, nous passerons les nuées de démons qui crient et poussent de tristes Ha ! Ha ! Nous constaterons la hiérarchie des anges, "les Trônes, les Vertus, les Dominations" ; nous entendrons le long Alleluia ! de leurs cohortes réunies ; nous serons amenés par crescendos successifs jusqu'en présence de Dieu. Puis vient le Jugement : alors, plaidant en notre faveur, on entend la prière monotone dite par la petite troupe qui entoure le lit d'agonie : non pas une réminiscence ni une citation mais la chose elle-même, car tout le grand voyage de l'âme, pareil au rêve, n'a duré qu'un instant selon la mesure du temps terrestre.)

  • Beethoven, Strauss

    Concert salle Pleyel : une Vie de héros.

    (Un beau bébé a avalé un orchestre symphonique. Depuis ses vagissements emplissent l’univers. En disproportion avec son âge, l’orchestre qui le possède bénéfice de tous les perfectionnements d’une vieille civilisation parvenue au stade ultime du raffinement : les suspensions sont renforcées par un épais matelas de cordes graves ; la propulsion est assurée par une batterie de cylindres et de pavillons de toutes tailles ; les accessoires percussifs et siffleurs qui le couronnent sont une joie pour les yeux autant que pour les oreilles. Cependant, malgré ces puissances, la voix de notre héros demeure incertaine. Peu de chose le prive de tous ses moyens (il se tait). Il est en premier lieu tourmenté par un fifrelin de vents aigres et stridents, qui émet un clapotis bavard : les Adversaires. Il est ensuite confronté à la Jeune Fille, sous la forme d’un violon seul. Le bramement amoureux de notre héros, dès qu’il commence, est alors interrompu par les éclats capricieux de la belle. Semblable à la princesse de Trébizonde qui avec sa ceinture tenait en laisse un dragon, elle joue de la chanterelle et réduit au silence tout l’orchestre superposé. Elle finit cependant par céder à ses épanchements, les deux voix se réunissent et se fondent l’une dans l’autre. Alors le héros se tourne contre ses ennemis et les défait à l’occasion d’une grande bataille de soldats de plomb, avec tambours, oriflammes et sonneries ad libitum. Dans l’espace dégagé, il étale ses atours mais la somptuosité un peu vide de son apothéose signale, sans doute, qu’il s’agit ici d’une aurore travestie en coucher de soleil ; ce n’est encore que le commencement).

     

  • Bach

    Concert à la Cité de la musique.

    Cantate "Ich habe genug" BWV82.

    (La voix la plus basse se révèle également la plus légère, l'annonce de la mort une joie. Le chant marque à peine une parole, se joignant aux lignes presque dansantes et uniquement sonores de la musique générale ; voici le point où l'individu s'abîme dans le sein du Sauveur. Récitatif   "Mein Gott ! wenn kömmt das schöne : Nun !"  Dans un même souffle, la phrase expire et exprime le seul moment, le bel advenu qui dit adieu.) 

  • Bach, Duphly, Böhm, Purcell...

    Concert aux Bouffes du Nord.

    (Christian Ritter : Allemande sur la mort de Charles XI de Suède. Henry Purcell : Suite en ré majeur (1. Prélude – 2. Alman – 3. Hornpipe) ; deux Grounds (1. en ré mineur – 2. en mi mineur). Johann Pachelbel : Quatre Fugues ; Fantasia en sol mineur. Johann Sebastian Bach : Suite en mi mineur « für das Lautenwerk », BWV 996 (I. Prélude – II. Allemande – III. Courante – IV. Sarabande – V. Bourrée – VI. Gigue). Georg Böhm : Chaconne en sol majeur ; Suite en fa mineur (1. Allemande – 2. Courante – 3. Sarabande). Jean-Henry d’Anglebert : Prélude non mesuré en ré mineur. Jacques Duphly : la Felix, la Debelombre, les Colombes, la Damazy : rondeau, les Graces. Bach : 25ème variation Goldberg, BWV988).