En parcourant ceci, je constate, et ce n'est pas la première fois, que je ne peux plus lire le nom de Sainte Ursule sans penser aux premières victimes autochtones, bien oubliées, de la grippe aviaire en France.
Diversion - Page 13
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Onze mille
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Table et bouquet
Demandé par Quel Fourbi !
Sur la table basse ou à portée de main, il y avait ce week-end (de mémoire, pas de photos) : des ordonnances (de différentes mains et d'inspirations diverses) ; les médicaments correspondants (entamés, abandonnés) ; des tasses, des sachets de tisane ou de thé ; un guide bleu Rome abondamment consulté, tranche noircie, avec encore comme marque-page des billets d'entrée libellés en lire ; d'autres livres : un dictionnaire des réalisateurs, une anthologie ancienne de la poésie de Hugo (dont Pauline Roland sans les quatre derniers vers), l'Ambition de Vermeer selon Daniel Arasse ; des disques : Bach, l'Offrande musicale (Leonhardt), l'Art de la fugue (Göbel), Debussy, les Préludes (Gieseking), Beethoven, les 4ème et 5ème concertos (Pollini, Böhm) ; un DVD avec deux films de Hitchcock dont Notorious.
Mais sur tout cela régnait plus loin un magnifique bouquet de tulipes.
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Métaphore maxima oxymoron
Découvrant le pâtre promontoire et les escaliers fées de Hugo (mais que va devenir Hugo sans le Vrai Parisien ?), je me rappelle l'enseigne d'un immeuble cossu du quartier de l'Opéra, presque : BANQUE MISERE.
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Carte postale
L'intérieur du pays est un désert, qui est la forêt. Pas de route. Le fleuve est le grand chemin. Sur ses bords, les villages et les cultures (manioc, ignames, maïs ...) dans des champs provisoires, qui retourneront à la forêt. Sur la plage, la lessive et la toilette des femmes, la baignade des enfants. Sur les eaux, les pirogues à moteur pilotée par les hommes. Circulations d'amont et d'aval, et d'une rive à l'autre (il n'y a pas de pont). Car le fleuve sert aussi de frontière. La ligne abstraite (rien de visible) fait naître des trafics bien réels : sont venus des réfugiés et des orpailleurs ; passent dans un sens les voitures volées, dans l'autre les bidons d'essence et les pauvres choses que les étrangères viennent vendre sur les marchés d'ici.
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Pause estivale
Ces pages ne vont pas bouger pendant quelques jours. Les approches de l'hiver sont interrompues par l'été (il n'est pas bien loin, il est au Louvre).
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L'affiche
- les services centraux décident de tout et ne tiennent pas compte de nos remarques. Mais ils ne peuvent pas tout savoir ! Par exemple, l'affiche qu'ils nous ont envoyée : tu l'as vue, elle est dans l'entrée. Oui, la fille a les traits asiatiques ; oui, elle est mignonne. Mais le soir même (on venait de l'accrocher), dès que la femme de ménage l'a vue, elle a dit : ce n'est pas une chinoise ! c'est une coréenne ! ça va porter malheur ! (également, paraît-il le fait que la figure ne soit pas entière, qu'elle soit cadrée à mi-corps). Ça n'a pas manqué : le lendemain quelqu'un est mort à l'étage du dessus.
- pourquoi l'étage du dessus ? -
Vu l'expo Klimt
Ah ! Vienne 1900 ! Du temps de mon adolescence, dans un milieu sans culture, mais non sans prétention à la culture, la Vienne du début du XXème avait des allures de Parnasse moderne, de patrie spirituelle. A partir sans doute de l'exposition Vienne, l'Apocalypse joyeuse à Beaubourg (en 1986), il y avait cet ensemble faramineux de noms, qui promettaient des œuvres géniales, sauvées de la catastrophe, entre tradition et rupture, anciennes et neuves, accessibles et étranges : Mahler, Schönberg, Berg, Webern, Hofmannsthal, Schnitzler, Roth, Musil, Broch (et Kubin, Canetti, voire Bernhard), Klimt, Schiele, Otto Wagner, Adolf Loos. Naïvement je pensais : tout est là, et ce que je découvrais alors : Mahler, la Lulu de Berg, l'Homme sans qualités, était à la hauteur de cette promesse.
Lors de mon premier séjour à Vienne, j'ai couru au Belvédère voir le Baiser de Klimt (et suis passé sans les voir devant les Bruegel du Kunsthistorisches Museum ; maintenant, c'est l'inverse). Mais est-ce que cela me plaisait vraiment ? En tout cas, quinze ans plus tard, visitant l'expo du Grand Palais, j'ai du mal à me passionner pour cette peinture. Les paysages de Klimt ? Les visions urbaines de Schiele ? (qui rappellent cet "empire des choses périmées" dont parle Kubin dans l'Autre Côté). Mosaïques, froissements et déchiquetages léchés, macabre aimable ... Non, puisqu'il est question de peinture à Vienne en 1900, j'ai plutôt envie de revoir l'autoportrait de Gerstl (qui n'est pas au Grand Palais).