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Diversion - Page 11

  • Vacances d'été

    Nous habitons tous de petites maisons accrochées à la pente qui domine le petit lac sombre ; nous déjeunons ou dînons tantôt chez l'un tantôt chez l'autre ; nous lisons des poèmes anglais : l'aîné des Franckenstein compose des airs sur de petites chansons que j'ai faites à Marienbad ; à midi nous partons en bateau sur le lac pour nous baigner, le peintre reste dans le bateau pour nous croquer dans ses carnets ou faire des esquisses des arbres sur la rive ; jusque tard dans la nuit, nous allons nous promener sous le ciel étoilé ou bien nous restons assis sous la galerie d'une ferme à discuter tous ensemble... Je sais que, même si je devais un jour vivre des années sombres et moroses, je n'aurais pas le droit de me plaindre que ma vie a été pauvre après avoir vécu de tels moments.

    Quelques lignes de Hofmannsthal, traduites et citées par P. Dehusses dans sa préface à la correspondance entre le poète et Edgar Karg (« Les mots ne sont pas de ce monde »). Au présent, elles évoquent la saison de leur rencontre quelques années plus tôt dans la région du Salzkarmmergut.

  • Martinets

    ...prendre leurs avantages assez pour mettre en jeu leurs longues ailes... (Buffon)

    Distraits pendant nos dîners par les oiseaux noirs, hauts et incessants dans le ciel rose, nous avons lu le lendemain cette page de l'Histoire naturelle : Le martinet noir. Les oiseaux de cette espèce sont de véritables hirondelles, et à bien des égards plus hirondelles, si j'ose ainsi parler, que les hirondelles même ; car non seulement ils ont les principaux attributs qui caractérisent ce genre, mais ils les ont à l'excès ; leur cou, leur bec et leurs pieds sont plus courts ; leur tête et leur gosier plus larges ; leurs ailes plus longues ; ils ont le vol plus élevé, plus rapide que ces oiseaux qui volent déjà si légèrement ; ils volent par nécessité, car d'eux-mêmes ils ne se posent jamais à terre, et lorsqu'ils y tombent par quelque accident, ils ne se relèvent que très difficilement dans un terrain plat ; à peine peuvent-ils en se traînant sur une petite motte, en grimpant sur une taupinière ou sur une pierre, prendre leurs avantages assez pour mettre en jeu leurs longues ailes : c'est une suite de leur conformation ; ils ont le tarse fort court, et lorsqu'ils sont posés, ce tarse porte à terre jusqu'au talon ; de sorte qu'ils sont à peu près couchés sur le ventre, et que dans cette situation la longueur de leurs ailes devient pour eux un embarras plutôt qu'un avantage (...)


    (Baudelaire, dans le Spleen de Paris : je n'ai jamais rougi, même devant les écrivains de mon siècle, de mon admiration pour Buffon)

  • Campagne

    Midi

    L’œuf du clocher, l'horloge, est doucement épris
    de l'immobile été, le temps le couve et dort.

    (André Frénaud - Vieux Pays)

    (A T***, la cour de la ferme désaffectée, la demie qui sonne à l'église dans le silence du village invisible et sans voix, font que je pense à)

  • Retour/départ

    La Louve du Capitole maigre mais pas avare de mamelles ni de dents, le coin ouvert d'un portique dans le parcours des rues, les formes presque déchiquetées de la lanterne de Sant'Andrea della Fratte : à peine le temps de former ici trois images de Rome qu'il faut repartir

  • Plan de Rome

    - Oh he's smart ! he made a hat with a map !

    (Dans le Cortile della Pigna, malgré la chaleur, la foule et l'Art, quelques touristes gardent leurs facultés d'émerveillement.)

  • Ruines

    A Rome, pour quelques jours.

    Rubens - Paysage avec le Palatin.

    (la colline est le portique d'un palais ruiné, le forum traversé par l'ornière, la course d'on ne sait quelle roue énorme, de brique et de marbre, qui s'abattant s'est brisée dans l'étroit carrefour, fichant des éclats d'os dans la terre végétale)

  • Etretat (à l'oreille)

    Le chemin passe au large mais des embranchements s'avancent de loin en loin jusqu'au bord de la falaise. On les suit avant de revenir sur nos pas telles des fourmis aventurées sur un brin d'herbe. Tout à la pointe on se tourne à droite et à gauche pour considérer le panorama d'amont et d'aval, l'aiguille, les portes. Très loin en contrebas, on distingue moins les promeneurs sur la plage que, sous eux, le bruit des galets foulés. (Et, plus tard, on s'allonge au bord dans la prairie, l'horizon vertigineux disparaît dans les touffes et les fleurs ; il ne reste de la vue au-delà que le bourdonnement des appareils photo qui se confond, à l'oreille, avec le bref passage des mouches.)