Je croyais qu' un Enterrement à Ornans (1850) de Courbet figurait l’enterrement de l’héroïne de Madame Bovary (1857). C’est au-dessus d’Yonville, dans la campagne délavée, sous les falaises de craie. Devant la fosse se tient Charles, tête nue, échevelé et blafard, n’écoutant et ne voyant personne. A gauche, un Rodolphe plébéien (qu’il a fière allure !) a mis un genou à terre. A droite Homais, bras levé, pérore. A l’écart, les femmes « couvertes de mantes noires à capuchon rabattu », offusquées par de grands mouchoirs. Leur cortège s’est replié sur lui-même, le chagrin forme la ronde. J’étais étonné de les voir pleurer autant une femme qu’elles ne devaient pas porter dans leur cœur.
(Mais, à dire vrai, on peut mettre un nom sur presque tous ces visages ; ce sont les portraits, réels et non fictifs, d’habitants du village d’Ornans, d’amis ou de parents du peintre. Dans l’invention de l’artiste, on ne sait pas qui est porté en terre.)
Diversion - Page 8
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Souvenirs de Flaubert
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Retour de Lyon
L'automne, confluent :
Le quai de la Saône, bien situé, environné de collines et d'édifices à physionomie, représente l'été à Lyon ; pour le quai du Rhône, c'est l'insignifiance moderne et l'hiver.
(Stendhal, Mémoires d'un touriste). -
Les sculptures rétrécissent
La question de l'échelle est centrale dans la pratique de Giacometti, qui traite souvent les mêmes motifs en plusieurs dimensions. Il cherche toujours à intégrer sa perception de l'échelle à l'oeuvre elle-même, qui peut être monumentale tout en mesurant quelques centimètres. A la fin des années trente, ses sculptures rétrécissent malgré lui, et ce n'est qu'en 1945 qu'il parvient à maîtriser cette compulsion avec Femme au chariot.
(Extrait du livret de l'exposition Giacometti, à Beaubourg.) -
Estuaire
Le soleil froid glace l’air. L’eau grise forme les rives, haussant son fond de vase ; émergent les champs plats, les villes basses, des bancs de sable. Figure d’estuaire, disposée en larges bandes de terre et d’eau, si agrandie qu’on ne sait où l’amont et où l’aval (avant que n’apparaisse plus loin la mer).
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Franchir les fleuves
Dans l'avion du retour, le soleil apparaît à gauche, bas sur l'horizon. On vole à travers les nuages épars, illuminés horizontalement. Les formes ocre-rose et bleues n'ont pas d'épaisseur, ni de contour ; elles ne marquent pas l'éloignement. Sous elles, la terre voilée est un fond brun sans dessin et sans relief. Seuls, de loin en loin, les fleuves tracent un chemin clair, étiré d'est en ouest, figurant la pente et l'étendue du pays.
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Zabracheumeuneur
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Atterrissage
Après un crochet au-dessus de la Mer du Nord, on rejoint la terre qui a l'air d'une plaque posée sur les eaux, découpée comme un pochoir ; la ligne du rivage se poursuit, sans cassures, par tronçons, de dunes en digues. Des éoliennes y sont plantées, blanches comme l'écume à leur pied, signes et couleur du mouvement invisible du vent et des vagues. On survole un canal semblable à un bras de mer tracé à la règle. Des péniches, étirées selon la perspective, désignent l'horizon où s'accumulent grues, entrepôts et darses. Dans l'éloignement, des ramifications forment le réseau des villes ; un port immense, occupé de lui-même, semble constituer tout l'intérieur du pays.