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Diversion - Page 15

  • L'héautontimorouménos

    (Personne ne me le demande)

    Cinq choses que j'aimerais faire avant de mourir : lire der Nachsommer, écrire un sonnet, faire place nette, prendre deux ans de vacances ici ou ailleurs (renouvelables ad libitum), tout revoir.

    Cinq choses que je fais bien ou volontiers : lire, faire des phrases sans verbe, nager, être intelligent par hasard (présomptueux !), disparaître.

    Cinq choses que je fais mal ou pas du tout : la musique (la lire, la comprendre, siffler, chanter etc.), la cuisine, la morale, les mots croisés, ceci.

    Cinq choses qui m'attirent chez l'autre : son pas, ses vues, ses souffles, son corps, son jour.

    Cinq expression favorites : (un silence ébloui), (un silence amusé), (un silence distrait), (un silence accablé), (un silence muet).

    Cinq célébrités irrésistibles : lire ci-contre à droite.

    Cinq dont je veux connaître les réponses à ce questionnaire : je ne veux embêter personne.

  • Remémoration

    L'autre soir, la ville voilée : des toiles tendues devant les façades en ravalement, ailleurs la brume et l'éclairage nocturne. Mais ce matin, le soleil dévêt ... (la suite dans Mallarmé).

  • Message

    Un lecteur écrit :

    ... depuis deux jours, accablé par EC. L'impression de l'avoir là, juchée sur les épaules, le cou serré par ses cuisses sans chair. Elle me tire les cheveux, me ricane dans les oreilles, trop contente du tour qu'elle m'a joué ... Quel crampon ! Elle émiette du pain pour les canards (il n'y en a pas !) et déjà des palmes battent l'eau, des cous se tendent, des becs claquent.

    Non. Elle ne dit rien, elle ne fait rien. Silencieuse, maussade, lourde comme le plomb. Pourtant un sac vide, toile décousue, plastique crevé, mal gonflé par la fatigue et par l'auto-apitoiement et par mon souffle. Elle se penche sur ce que j'écris : son ombre sur la phrase qui se termine. Un bâillement. Est-ce sa bouche, est-ce la mienne ?

  • Slow man, de Coetzee (2)

    J'ai eu plus que le temps de finir Slow man, ce matin dans le bus. Alors ? rien à ajouter.

  • "They were all of them fond of quotations"

    J'ai vu les deux globes suspendus dans la nef rénovée du Grand Palais. L'un la terre, l'autre la voûte étoilée projetée sur une sphère. Aux lignes tirées parmi les constellations répondaient les nervures du dôme de verre tracées en plein ciel.

    Que veut dire cette image ? Je ne sais pas : elle finit (comme les poutrelles de fer portent le pinacle, la hampe et le drapeau) par un quatrain de la Chasse au Snark (relu à propos d'un ramequin) :

    "What's the good of Mercator's North Poles and Equators,
         Tropics, Zones, and Meridian Lines ?"
    So the Bellman would cry: and the crew would reply
         "They are merely conventional signs !"

  • Un coin de rue

    Si je savais tenir un journal, on trouverait à la date d'hier, pour commencer, l'angle de la rue des Lavandières Sainte-Opportune et de l'avenue Victoria.

    Sainte-Opportune, ça fait penser à la « vie opportune » d'un poème des Fêtes galantes, mis en musique par Debussy. Ce qui m'arrête dans ce Clair de lune, ce n'est pas qu'il fasse rimer arbres avec marbres mais l'enjambement de « quasi tristes » dans le premier quatrain, en sorte que « quasi » finit le vers et que la danse des masques (sur le rythme 4/3/3) s'y trouve interrompue, le pas suspendu. Dans ce suspens point une tristesse qui est aussi le clair de lune, « triste » également, et le paysage du dernier quatrain (dont une première version est peut-être la fin d'un poème des Contemplations, la Fête chez Thérèse).

    Quant à la Reine Victoria, je me souviens que Virginia Woolf la trouvait entirely unaesthetic (c'est la légende d'une photo dans la Chambre claire de Barthes).

    Et alors ? Rien. Les associations d'idées sont aussi arbitraires que le croisement des noms des rues de Paris. Ou bien pourquoi je n'écris pas de journal : même si l'occasion s'y prête, dès la première circonstance, ma phrase se perd, court et finit dans le décor.

  • « et »

    Lisant ceci, chez Philippe[s], j'y resonge – Venise « et » la musique ? je commence une liste : Stravinsky, Vivaldi, Monteverdi ... c'est dans un théâtre de la ville qu'a été créé l'extraordinaire Couronnement de Poppée (avec le livret, de Busenello, peut-être le plus immoral de tout le répertoire).

    Mais mon seul souvenir de musique à Venise c'est un concert d'hommage à Luigi Nono dans l'ancienne Fenice (en 1993 ? je me souviens qu'il y eut un compte-rendu là).

    Mieux, du même compositeur ... sofferte onde serene ... où un piano et une bande magnétique font entendre (je n'invente rien ; voir le texte qui accompagne le disque ; ma science s'arrête là) les cloches des églises de la Giudecca.