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Projections - Page 14

  • La Femme du chef de gare, de Fassbinder

    Samedi soir au cinéma, à Beaubourg.
    (En passant sur la piazza, devant le Pot d’or, s’attacher à ne pas dire de mal de l’art contemporain. Se souvenir du Moïse de Michel-Ange, selon Freud l’expression grandiose de la maîtrise de soi. Chercher la contrepèterie.)

    Deux choses :
    - dans le salon du chef de gare, les conversations sont dérangées par les cris de l’oiseau dans sa cage, perçants, continuels. Comme les cris des enfants qui ne vont pas naître. Le beau-père a prévenu au début : « vous n’avez pas d’enfants ; vous avez l’oiseau jaune »

    - à la toute fin et pendant le générique, une scène incongrue après trois bonnes heures de grimaces et de ricanements, de bave et de bière : Bolwieser est installé comme passeur sur la rive du fleuve. Le profil de sa barque glisse au crépuscule à travers les eaux chargées de glace, dans un paysage et une lumière d’hiver. Citation sur la paix retrouvée dans la nature éternelle. Musique de l’Urlicht de Mahler.

  • Last days, G Van Sant

    Vendredi soir, au cinéma. Petit poème pour Blake :

    Ton chemin s'enchevêtre dans la broussaille. Ta chanson, elle est trempée, chantonne snatches of old lauds.
    La maison sonne les heures. L'horloge, c'est le dix-neuvième siècle ; les heures, toujours la même, toujours la seule - ou c'est le seul moment.
    Des étrangers passent, dans ton sommeil, comme toi dans le leur. Sourd aux appels et aux reproches, without a partner in your sorrow's mysteries.
    Ton corps repose dans le pavillon de verre comme dans une châsse au milieu du monde. L'âme est montée à l'échelle de la croisée.
     

  • L'homme qui n'a pas d'étoile, de Vidor

    Mardi soir, au cinéma. L’homme qui n’a pas d’étoile, de Vidor.

    Le meilleur moment, c’est quand tous les fils de l’intrigue se nouent. 
    Une petite ville de l’Ouest. Un ranch est repris par un nouveau propriétaire. C’est une femme, elle arrive de l’est. Elle a fait venir cinq milles têtes de bétail supplémentaires sur les terres communes. D’ici trois ans les ressources en fourrage seront épuisées, mais elle liquidera son troupeau avec un beau bénéfice et partira recommencer ailleurs. Les autres fermiers, plus petits, plus anciennement installés réagissent. Pour se protéger, ils commencent à poser des fils de fer barbelés dans la prairie ouverte. La capitaliste alors embauche une bande de texans sans foi ni loi ; ils font régner la terreur et abattent les clôtures. La lutte commence ; notre héros se retrouve au milieu.

    Or, si notre héros est par définition (c’est écrit sur son corps) l’homme que les barbelés révulsent, il refuse tout autant la violence déloyale. Il devrait donc planter là les deux partis, il n’y aurait pas d’histoire.  Mais, son « son fils », « son frère », un gosse, est aux mains de Circé. Elle le perd, le poussant dans la voie du crime. Voilà pourquoi notre homme laisse passer huit trains. Phase classique du héros pris dans une contradiction insoluble : sommeil, folie, somnambulisme. Il se réfugie au bordel, se bourre la gueule, se laisse humilier jusqu’au point où …

  • M

    Lundi soir, au cinéma. Revu M Le Maudit, de Lang.

    Je ne me souvenais pas de grand chose : la plongée sur la cage d’escalier déserte ; Peter Lorre ; le procès organisé par la pègre ; la conclusion politiquement incorrecte du scénario.

    Ce qui ressort pourtant, c’est la vision documentaire de la société. La femme au foyer, l’agent de police, le mendiant, le ministre, le chef de la police, la prostituée, la tenancière, le graphologue … : les « types humains» comme sortis des photos d’August Sander (mêmes modèles), saisis dans leur environnement professionnel ou domestique, avec leurs instruments, leurs accessoires, leur panoplie, jusqu’à la caricature. Hommes pris dans la foule ou dans les organisations parallèles de la police et de la pègre. Par contraste, le personnage le plus individualisé, le plus humain, c’est le monstre. Marqué d’un M, sorti de l’anonymat de la foule, du contexte protecteur, terrifié par son reflet dans un miroir, par une vitrine animée (spirale comme un tourbillon, flèche comme un couperet), par un ballon.

  • Gloria Grahame

    Dimanche soir, au cinéma.

    Les ensorcelés, de Minnelli.

    Gloria Grahame, plutôt que Lana Turner. Avez-vous vu Gloria Grahame dans le Violent de Nicholas Ray ?

  • L'homme aux colts d'or, de Dmytryk

    Vendredi soir au cinéma.

    L'homme aux colts d'or, de Dmytryk.

    Histoire peuplée d'arrière-histoires. A l'image de la scène de l'attaque de la diligence, où un second tireur embusqué (comme à Dallas en 1963 ?) abat un voyageur par dessus l'épaule des assaillants, qui n'y comprennent rien.

    Dans toutes les premières scènes ou presque, à chaque fois vers la fin, un personnage, le même, se détache dans le plan, muet et en réserve. C'est, mêlé à l'action, refusant d'y prendre part, l'homme de la mauvaise conscience. Un regard insistant, sans origine, va le chercher et l'appelle. Ce regard s'incarnera au milieu du film, dans une voix à laquelle enfin notre héros va répondre.

  • La Chienne

    Lundi soir, au cinéma. La Chienne, de Renoir.

    On peut apprécier l’aspect documentaire des rues de Paris, les modes, les gestes et le langage parlé il y a un siècle (mots et accents de l’année 1930 qu’on imagine plus lointains que les phrases de Villehardouin pour la langue écrite et qu’on s’émerveille de toujours à peu près comprendre) ; on peut aimer le genre d’histoire de ce temps-là, caractères et  types bien franchouillards (le maquereau, la grue, le pigeon) ; mais je préfère les moments où la caméra vacille pour suivre un couple qui danse, ou pour passer de l’armoire refermée à la fenêtre ouverte avec la petite fille d’en face qui joue du piano (le linge bien replié et tassé avec les billets glissés au milieu de la pile ; le blaireau plein de savon posé sans égards tout contre).