A mesure que l'avion s'élève, le temps ralentit, le pays survolé s'éternise. Les villes sont vides ; entre elles, les routes tirent des lignes, tracent des boucles mais l’étendue reste sans parcours. L’érosion infinie a rendu la terre aussi plane que la mer. Dans l’estuaire étale, la lente décantation du sable a tissé un merveilleux voile, avec des gradations infimes des profondeurs à la lumière ; des volutes marquent à chaque pile du pont la trace des courants morts. Sur le rivage, toutes les éoliennes font relâche, le ressac s’avère chose peinte ; des accents blancs et brefs ponctuent les eaux ocellées et immobiles (chaque œil était une vague). L’avion descend, les pales se remettent à tourner, les vaguelettes dansent, les trafics se dénouent, un chien court dans l'herbe, un cycliste suspend son effort, coule un regard le long de sa jambe et jette un coup d’œil en arrière. – La cheminée d’usine formait avec sa fumée un seul corps stable, mi tubulure mi coton. Et la lourde péniche appuyée dans l'eau, enfoncée dans sa glu, fixait à son pied le sillage négatif, inerte comme une ombre.
Diversion - Page 3
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Altitudes du temps
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Dans le RER B
- Arcachon : oui, tu descends à Arcachon ? non, je ne sais pas s'il s'arrête... je n'ai pas regardé. Sinon tu vas jusqu'à Bourg-la-Reine et tu prends un train dans l'autre sens.
(Arcachon ? Arcachon ! comprendre Arcueil-Cachan).
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Noms d'interprètes
- Karita Mattila dans le rôle titre de l'Arabella de Richard Strauss, sous la direction de Christoph von Dohnanyi, au théâtre du Châtelet en avril 2002
- Felicity Lott dans la scène finale du Capriccio de Richard Strauss, à l'opéra Garnier, en mars 1993
- Waltraud Meier et Ben Heppner dans la prière à la nuit à l'acte 2 de Tristan et Isolde, sous la direction d'Esa-Pekka Salonen, à l'opéra Bastille en avril 2005
- Matthias Goerne chantant "Wo die schönen Trompeten blasen" de Mahler, avec l'orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach, salle Pleyel, les 22 et 23 octobre 2008
- Christianne Stotijn chantant "Ich bin der Welt abhanden gekommen" de Mahler, avec l'orchestre national de France sous la direction de Bernard Haitink, au théâtre des Champs-Elysées le 30 juin 2005 : Und ruh' in einem stillen Gebiet!
- Ingrid Perruche, dans le rôle de Mélisande, en juin 2004 au musée d'Orsay, disant : Elle ne rit pas… Elle est petite… Elle va pleurer aussi… J'ai pitié d'elle…
- Cyril Auvity, le 18 septembre 2004 à la Cité de la musique, dans le rôle de David, à la dernière scène du David et Jonathas de Charpentier, disant : J'ai perdu ce que j'aime / Pour moi tout est perdu
- Christian Gerhaher chantant le "Doppelgänger" de Schubert, le 18 juin 2009 au musée d'Orsay
- Anne-Sofie Von Otter chantant les Lieder eines fahrendes Gesellen, le 24 janvier 2006 à la Cité de la Musique, avec le Chamber Orchestra of Europe sous la direction de Marc Minkowski : Und Welt und Traum
Etc. : je passe la main à qui veut...
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Indiscrétions
A Florence, fin décembre et début janvier, notre chemin a croisé plusieurs fois celui de l’académicien ***. Nous avons réveillonné à quelques tables de distance dans la même trattoria, près de l’église du Carmine, oltr’Arno. Le dimanche soir suivant, nous prenions le même vol retour que lui. Et le matin de ce jour-là, nous l’avons vu parcourir rapidement la galerie de peinture du Palazzo Pitti. Photographiant une madone de Sustermans. Indiquant à son compagnon la Vierge à la chaise de Raphaël : « tableau très célèbre ». S’arrêtant devant une Assomption d’Andrea del Sarto : « ce ne sont pas des nuages, c’est de la fumée ».
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L'aveugle
L’autre jour, au Louvre, j’ai croisé un aveugle en train de visiter l’exposition Titien, Véronèse, Tintoret. L’homme qui l’accompagnait le menait d’une salle à l’autre ; lisait les cartels et lui décrivait sommairement les tableaux, parlant par le truchement d’un petit microphone relié à un casque.
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Fontainebleau
La lumière déjà oblique de l'après-midi détaille le lanternon de la chapelle : les décrochements de la pierre grise sont soulignés par une ligne d'ombre ; ici les emboîtements de pilastres semblent expliquer l'architecture du château. Du côté sud, le long des jardins, le soleil bas déploie une véritable ville. Chaque quartier répète, à une autre époque et dans un autre matériau, un système d'enceintes, d'ailes et de cours lentement déplié selon la lumière descendante.
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Reprise
Bien des fois j'ai cru lire en passant, là au bord des voies, peintes noir sur un grand portique jaune, ces deux syllabes : FEDCAB ; mais ce n'était pas cela. Aujourd'hui me retournant, je vois que ce sont, de droite à gauche, les six premières lettres de l'alphabet.