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  • Mozart, Bruckner

    Salle Pleyel.

    Cinquième de Bruckner.

    (Les cieux sont étagés comme dans certains vieux retables et montent par grandes masses abruptes jusqu’à la lumière éternelle qui les coiffe, les déborde et les englobe dans la profondeur. Tout en bas, à gauche, les champs où l’homme foule lourdement la glèbe ; à droite, la forêt est pareille à des piliers et aux tuyaux de l’orgue, et à la grande fugue qu’ils jouent. On entend le son du cor dans la distance (que cette distance soit le temps ou l’espace, l’abîme de la nostalgie ou de la mysticité). Cependant un ange "en haut de l’univers juché" sonne la trompette ; le soleil invisible se dégage, obéissant aux lois d’un monde impénétrable, et fait rougeoyer les vitraux au fond de l’édifice.)

  • Approches de Venise, Venise assiégée

    (...) le vice-roi, qui n'avait pas d'autres possibilités de nourrir son armée que le pillage, changea d’avis, rassembla ses fantassins allemands et se rendit à Montagnana et à Este ; puis il alla au village de Bovolenta que ses soldats brûlèrent, avec toutes les magnifiques villas qui se trouvaient dans les environs, après s’être emparés de nombreuses têtes de bétail. De Bovolenta, poussé par la convoitise du butin, et encouragé parce que les fantassins des Vénitiens étaient répartis entre Padoue et Trévise qu’ils gardaient, le vice-roi (…) décida de s’approcher de Venise. C’est pourquoi ils franchirent le Bacchiglione, pillèrent Pieve di Sacco – bourg riche et populeux –, allèrent à Mestre et, de là, poussèrent jusqu’à Marghera, sise sur les eaux amères : là, afin de rendre plus illustre la mémoire de leur expédition, ils firent tirer dix grosses pièces d’artillerie sur Venise, et les boulets atteignirent le monastère de l’église [de San] Secondo.

    (…) Mais à Venise, d’où les habitants voyaient tout le pays fumer le jour et brûler la nuit, à cause des incendies de leurs villages et de leurs villas et où ils entendaient, à l’intérieur de leurs propres demeures et maisons, le tonnerre de l’artillerie ennemie, qui n’avait été mise en batterie que pour montrer plus clairement leur déshonneur, les esprits de tous les hommes étaient bouleversés par la douleur et une grande indignation, car il semblait à chacun démesurément âpre de voir un tel changement de fortune (…)

    (Guichardin, Histoire d’Italie – trad. JL Fournel et JC Zancarini)

  • Schubert, Wolf

    A l'amphithéâtre de l'opéra Bastille, récital de lieder de Schubert et de Wolf.

    (Les lieder de Mignon successivement dans des versions de Schubert et dans celles de Wolf. Si, pour Schubert, on peut encore imaginer, à la limite, que c’est le personnage de Goethe qui chante, chez Wolf c’est la Muse qui prête sa voix à la jeune fille. Ce ne sont plus des chansons mais des pages du roman mises en musique et un surcroît de sens fait résonner les "allein" blêmes de Heiss mich nicht reden ou les "ziehen" tremblants de désir de Kennst du das Land.)

  • Boulez

    Salle Pleyel.

    (J'ai longtemps fait de vains efforts, certes mesurés, pour aimer Pli selon pli, appâté par la très haute réputation de l'oeuvre et par les poèmes qu'elle incorpore à défaut de faire entendre. Obéissant à l’habitude, j'y retourne, donc (j'avais oublié que j'avais déjà assisté à une exécution au concert des trois pièces centrales) mais sans plus de résultat. Le compositeur, qui dirige, a beaucoup vieilli ; c’est une chose cruelle à voir que ce face à face entre une musique immuable et son créateur, qui ne l’est pas... (A moins qu’il ne s’agisse de la mise en abyme d’un Tombeau selon Mallarmé). A la fin, l’arrêt est prononcé : « la mort », dernier mot du poème consacré à Verlaine. Ce « la mort » chuchoté mais sonore, pénultième, et la  grande déflagration de tout l'orchestre qui suit me paraissent contredire le sens du vers, qui évoque la chanson douce de Sagesse. Mais je comprends sans doute mal la valeur musicale de cette coda spectaculaire.)