Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Mémoire d'endormi - Page 14

  • Au travail

    Une quinzaine de personnes se serrent autour de la table trop petite. La réunion a commencé. Madame B se plaint du retard, demande que le projet accélère. Pour cela, que l'expert en charge consacre le temps nécessaire à lire la documentation. Mais, comme il l'explique, ce n'est pas de lui que dépend l'organisation de son travail. Les regards se tournent vers son chef. Il est debout contre le mur, monté sur des échasses. Un pantalon vert olive couvre ses jambes et leur prolongement. Il ne dit rien. Il montre son profil contre le mur blanc.
    Après la réunion il faut rendre les chaises rapportées. On les tire par le trou dans le bois du dossier, on les traîne de guingois sur leurs pieds métalliques. Un petit groupe se retrouve dans la grande salle autour d'un bureau pour commenter les résultats. C'est assez amusant, on rit. Plus tard je suis avec IC dans une petite pièce derrière. Elle porte une longue robe de soirée, noire, avec des festons. Elle se sent mal. Elle tombe, je tombe avec elle pour empêcher que sa tête ne cogne. C'est moi qui reçois le coup. Je l'aide à se relever, je l'accompagne pour rejoindre sa place dans la grande salle du restaurant. A certains moments, j'ai le bras passé autour de ses épaules. A d'autres, je la tiens debout contre ma poitrine, ses deux pieds prennent appui dans ma main.

  • Réunion de famille

    C’est noël. Avant de rejoindre la maison des grands-parents, frères, sœurs, cousins, oncles et tantes sont venus dans notre maison du bord du lac. Un chalet noirci sur les eaux grises, avec une courte plage de gravier. Temps couvert, humide, sans lumière.

    Le petit dernier se déchaîne. Quelquefois un nourrisson, quelquefois debout sur ses jambes, il a dérobé les clés, il s’amuse à faire démarrer les voitures garées sur la pelouse. On laisse faire. C’est déjà un petit homme, on en est fier. Il maîtrise la marche avant comme la marche arrière, il sait s’arrêter à temps.

    Dans le salon, il y a mon frère, ma sœur et une fille plus jeune. Elle est brune et mince, vêtements sombres, les traits un peu fatigués ; quelqu’un dont on peut dire : ce n’est pas facile pour elle. Je la connais bien, même si nous n’avons pas été élevés ensemble ; c’est ma sœur cadette : mais, terrible à dire !, je ne me souviens pas de son prénom. Quand je fouille ma mémoire, je ne trouve que ce nom ridicule : « Hyacinthe ». Dans la conversation, je cherche des périphrases.

    Chez les grands-parents, on organise une séance de cinéma pour les enfants. C’est un film de Nabokov. Il faut que j’aille y voir si je veux empêcher que ne triomphent, dans la salle, sur l’écran ? la guerre, l’occupation, les tyrans. Des obstacles s’interposent. Par l’ouverture je vois les fauteuils ravagés, le chahut.

  • Dans le métro

    Je suis avec S quelque part dans le sud de Paris. Sur le plan du métro, au mur, ça se situe vers la Gare Montparnasse. On veut aller au nord, en un lieu, selon ce même plan, proche de la Place Clichy. Je montre la ligne directe. S préfère le détour. Je propose par l’ouest, la 6 et la 2. On changera à la station Charles-de-Gaulle. Je me reprends : on changera à l’Etoile.

    Les escaliers du métro débouchent dans une caverne. Une espèce de cheminée naturelle, inclinée, à travers une pierre terreuse et friable. A droite au fond on aperçoit les quais et les voies. A gauche une ouverture fermée par une grille donne sur le jour. Bien sûr les gens se sont servis du recoin comme d’un urinoir, ça ne sent pas très bon. Le ruissellement a creusé la terre au milieu du chemin.

  • La chambre pas même chauffée

    Le vent souffle du nord. La nuit a été froide. Dans notre chambre, sur le parquet, sous le lit, sur les vitres, on trouve des plaques de glace, très blanches, légères, couvertes d’aigrettes de givre. Je les recueille dans un bassin en métal brillant. Je veux les apporter au savant qui loge de l’autre côté du couloir. Mais sa chambre donne au sud, la différence de température suffit pour que la glace s’évapore. Va-t-il nous croire ? Oui car il reste au fond une dernière plaque translucide sous le givre qui a fondu. Il la prend entre ses doigts.

    Je me retiens pour ne pas citer les derniers mots de la chanson de Bilitis : « il prenait de grands morceaux froids et les soulevant vers le ciel pâle, il regardait au travers » ; qui sont une reprise, sauf le sens, des grappes de raisin sucées par le Faune.

  • Le monde à l’envers

    Une maison avec une arrière-cour et une terrasse. C’est ici qu’habitent mes amis K et S. Grande réunion. Une table est dressée dehors pour le déjeuner. K veut me montrer quelque chose. Je vais être mort de rire. On s’isole dans un coin du salon devant un ordinateur portable. C’est une séquence de film. « Le monde à l’envers ». Des animaux rigolards comme dans un dessin animé conduisent une petite voiture ; ils se promènent dans un parc zoologique. Derrière les grilles au loin dans la végétation on aperçoit des hommes. Je ne trouve pas ça drôle. K ne comprend pas.