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  • Mars

    Le Mois de mars, de Francesco del Cossa au palais Schifanoia.

    (Chaque visite du palais Schifanoia est l’occasion d’un nouvel engouement pour l’art de Francesco del Cossa. Mais l’œuvre est si rare et dispersé qu’on sait déjà que cet enthousiasme manquera ailleurs d’aliment ; à l’exception de la Vierge du musée de Bologne, il ne restera pour le soutenir, en attendant d’y retourner, que le souvenir des fresques de Ferrare. Les murs peints sont divisés en trois bandes horizontales et de largeurs différentes. Les scènes historiques occupent la plus grande, en bas. Dans cette partie, la représentation coagule en un seul espace, impossible, des éléments disparates. Chaque vue forme un ensemble proportionné bâti selon les règles, mais on passe de l’une à l’autre par des parcours ou des trouées fantastiques. Au premier plan la cour de Borso d’Este s’assemble pour une audience ; et, au fond,  les mêmes vont à cheval, représentés en bloc et de profil comme sur une médaille ; ils courent un lièvre et leur chevauchée les amène tout droit dans le vide, alors qu’ils s’avancent sur un promontoire au dessus du palais d’où ils sont sortis. A gauche une scène de travaux aux champs, autonome comme ces petits théâtres réalistes taillés dans le paysage à l’arrière-plan des tableaux de Mantegna. Mais l’atmosphère ici est plus sensible. Des paysans travaillent dans une treille à élaguer la vigne ; l’étendue est fermée par une rangée de maisons ;  la terre est sombre mais l’air froid de mars donne aux blancs un éclat qui accorde les vêtements des paysans, la nuée des colombes autour du pertuis du colombier et le croissant de lune mangé par le ciel bleu ; leur luminosité particulière fait penser à la neige (là-bas, au dehors) qui s’attarde en ce début du printemps sur les sommets des Apennins. )

  • Le voyage d'Astolphe dans la lune

    Les fleuves, les lacs, les campagnes sont là-haut tout autres que ceux qu'on voit chez nous. Les plaines, les vallées, les montagnes sont toutes différentes. Il en est de même des cités et des châteaux. Le paladin n'avait jamais rien vu jusqu'alors, et depuis ne vit jamais rien de si beau. Il y a de vastes et sauvages forêts, où les nymphes chassent éternellement les bêtes fauves.

    Le duc ne s'arrêta pas à examiner tout ce qu'il voyait car il n'était point venu pour cela. Le saint Apôtre le conduisit dans un vallon resserré entre deux montagnes. Là, ô merveille ! était rassemblé tout ce qui se perd par notre faute, ou par la faute du temps ou de la Fortune. Tout ce qui se perd ici-bas, se retrouve là-haut.

    (...) Là-haut sont accumulées les réputations que le temps dévore à la longue comme un ver rongeur ; les prières et les voeux que nous, pécheurs, nous adressons à Dieu.

    Les larmes et les soupirs des amants, le temps inutilement perdu au jeu, la longue oisiveté des hommes ignorants, les vains projets qui ne se réalisent jamais, les désirs inassouvis, sont en si grand nombre qu'ils encombrent la plus grande partie de ces lieux. En somme, ceux qui montent là-haut peuvent y retrouver tout ce qu'ils ont perdu.

    (...)

    Astolphe retrouva là de nombreux jours perdus par lui, de nombreuses actions qu'il avait oubliées. (...)

    (L'Arioste, Roland Furieux -- trad. F Reynard).

  • La Walkyrie

    La Walkyrie, au Théâtre des Champs-Elysées.

    (Le premier acte est assurément une des plus grandes réussites dramatiques de Wagner : on assiste, dans cette scène unique et continue, à une formidable déflagration du passé dans le présent ; la vérité se révèle par l'anamnèse, les deux jumeaux se reconnaissant se connaissent eux-mêmes, Siegmund trouve un nom. La révélation dégage les forces endormies, enfouies dans le passé, comme l'épée plantée jusqu'à la garde dans le tronc du frêne dont nul n'avait pu se servir. Après l'entracte, l'opéra peine à conserver le même élan. En l'occurence, ce soir, le second couple, Wotan et Brünnhilde, dont les démêlés prennent le relais (des adieux au lieu d'une rencontre) intéressent moins. Ne pourrait-on imaginer de jouer l'opéra dans le désordre et d'insérer le premier acte entre les deux autres ? On objectera que la chronologie s'en trouverait bouleversée ; la musique du compositeur étant par nature insécable, après le prologue au ciel, Siegmund recevrait l'annonce de sa mort et serait tué -- avant d'apparaître. Mais, après tout, il ne s'agit que d'ajouter, aux abondantes récapitulations chères à Wagner, un flash-back.)