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  • Cavalleria Rusticana, Pagliacci

    A l'opéra de Bastille.

    (Les deux oeuvres forment un étrange attelage : pourquoi a-t-on décidé depuis des lustres qu'elles allaient ensemble ? La première fait penser au folklore inventé des chansons populaires ; la seconde bénéficie de toutes les innovations de la modernité fin-de-siècle, tant à l'orchestre que dans le livret. Et comment ne pas être ému par les efforts condamnés de Nedda pour continuer la farce, ses pirouettes et ses arlequinades alors que son mari a déjà sorti le couteau qui va frapper, perçant le costume de scène, la femme réelle -- ou, plus exactement, située à un degré inférieur dans l'ordre de la représentation gigogne ?)

  • Debussy, Szymanowski, Scriabine

    Concert, salle Pleyel.

    (Après les sublimes et fort pelléassiens Nocturnes de Debussy, deux oeuvres que je ne connais guère ou pas du tout et dont je ne me souviens déjà plus beaucoup : le Poème de l'extase de Scriabine me fait l'effet d'une compilation des climax de Tristan et Isolde, ce n'est pas ce qu'il y a de plus exaltant.)

  • Encore Arabella

    Je lis Yvette de Maupassant.

    Servigny amène son ami Saval chez la marquise Obardi. Qui est cette marquise ?

    "Une parvenue, une rastaquouère, une drôlesse charmante, sortie on ne sait d'où, apparue un jour, on ne sait comment, dans le monde des aventuriers, et sachant y faire figure. (...) Moi, je vais surtout dans la maison pour la fille. (...) Une merveille, mon cher. C'est aujourd'hui la principale attraction de cette caverne. Grande, magnifique, mûre à point, dix-huit ans, aussi blonde que sa mère est brune, toujours joyeuse, toujours prête pour les fêtes, toujours riant à pleine bouche et dansant à corps perdu. Qui l'aura ? ou qui l'a eue ? On ne sait pas. Nous sommes dix qui attendons, qui espérons. 
    Une fille comme ça, entre les mains d'une femme comme la marquise, c'est une fortune. (...)
    Cette fille, Yvette, me déconcerte absolument, d'ailleurs. C'est un mystère. Si elle n'est pas le monstre d'astuce et de perversité le plus complet que j'aie jamais vu, elle est certes le phénomène d'innocence le plus fameux qu'on puisse trouver (...)"

    Voici que la lecture de ces phrases fait se lever devant moi le fantôme d'une autre jeune fille, création géminée de Hofmannsthal : l'Arabella d'Arabella (qui a comme Yvette une belle série des prétendants) et celle de Lucidor (mélange bizarre, comme l'autre, de dévergondage et de froideur, figure du dédoublement, ici figuré, là réel).

    La marquise a loué une maison à Bougival où elle invite Servigny et Saval. Servigny poursuit la fille et Saval couche avec la mère. Ce soir-là Servigny emmène Yvette se promener sur une île de la Seine (Maupassant n'est jamais meilleur que lorsqu'il vient hanter ces rives). Mais les tentatives du jeune homme échouent et la scène se termine par une sorte de moderne métamorphose.

    Elle glissa entre ses bras par une rapide ondulation de tout le corps, plongea le long de sa poitrine, et, sortie vivement de son étreinte, elle disparut dans l'ombre avec un grand froissement de jupes, pareil au bruit d'un oiseau qui s'envole.