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  • L'Echange

    L'Echange, de Claudel, au Théâtre de la Colline.

    La journée qu’on voit clair et qui dure jusqu’à ce qu’elle soit finie !

    (Mais, ainsi qu’un oiseau pousse son cri, régulièrement, en deux ou trois points, la salle toussait lourdement. Les comédiens (pas tous, pas tout le temps) accéléraient leurs tirades et, par pans entiers, le "verbe claudélien" sombrait, dévalant le tourniquet des conjonctions : …comme…, …comme…,…comme…).

  • Désaccords littéraires

    Ce n’est pas la délibération d’une académie, plutôt : un jeu de société, le passe-temps d’un soir pour une petite communauté en vacances. La séance a lieu dans une longue salle mal éclairée. A un bout, une estrade avec un tableau noir qui servira à inscrire les résultats. L’assemblée est répartie par tables de cinq ou six. L’objet du débat est la mise au point d’un palmarès : la "bibliothèque idéale", les "meilleures œuvres littéraires de tous les temps". Chaque groupe à son tour proposera quelques titres. Un délégué se lève. Le premier nom qu’il prononce est Sansevero. Mon voisin se détourne en faisant la grimace.

  • Sentiment du temps

    The Mortal Storm, de Frank Borzage.

    La journée est finie, la nuit est tombée. Le Professeur Roth est seul dans l’amphithéâtre. Un peu plus tôt, Roth et une partie de ses étudiants se sont violemment affrontés pendant la classe à propos du contenu des cours. Les opposants se sont levés, ont prononcé le boycott et le groupe ainsi déclaré a quitté les lieux. A présent tout est tranquille : Roth range son bureau comme on le fait chaque soir avant de rentrer chez soi ; tout aussi ordinairement, au moment de partir, il fait jouer l’interrupteur qui commande l’extinction des lampes. On voit alors, dans l’obscurité, vaciller, sur les hauts murs de la salle, des lueurs et des ombres. Elles reflètent à travers les grandes croisées les bûchers dressés dehors, où sont jetés, où brûlent les livres.

    (Moments perdus, instants qui précèdent ou qui suivent, sans paroles et sans actes marqués, dont la banalité est contredite par le pressentiment ou l'intelligence de la catastrophe. C'est dans ces moments-là que vit l'humanité, qu'elle se révèle, et ceux qui ne peuvent en partager le sens sont des brutes.)

  • Gabriel Nash, the merman

    [Gabriel Nash :] (...) "What we like, when we're unregenerate, is that a new-comer should give us a password, come over to our side, join our little camp or religion, get into our little boat, in short, whatever it is, and help us to row it. It's natural enough; we're mostly in different tubs and cockles, paddling for life. Our opinions, our convictions and doctrines and standards, are simply the particular thing that will make the boat go-- our boat, naturally, for they may very often be just the thing that will sink another. If you won't get in people generally hate you."

    "Your metaphor's very lame," said Nick. "It's the overcrowded boat that goes to the bottom."

    "Oh I'll give it another leg or two! Boats can be big, in the infinite of space, and a doctrine's a raft that floats the better the more passengers it carries. A passenger jumps over from time to time, not so much from fear of sinking as from a want of interest in the course or the company. He swims, he plunges, he dives, he dips down and visits the fishes and the mermaids and the submarine caves; he goes from craft to craft and splashes about, on his own account, in the blue, cool water. The regenerate, as I call them, are the passengers who jump over in search of better fun. I jumped over long ago."

    "And now of course you're at the head of the regenerate; for, in your turn"--Nick found the figure delightful--"you all form a select school of porpoises."

    "Not a bit, and I know nothing about heads--in the sense you mean. I've grown a tail if you will; I'm the merman wandering free. It's the jolliest of trades!"

    (James - The Tragic Muse)