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  • Ici-bas

    Ex-voto, de Champaigne.

    Les rayons schématiques de la lumière divine, le maigre crucifix au mur avec son étroite couronne d'épines et les clous à-demi enfoncés. Le plancher brut avec les planches régulièrement et solidement clouées, le doux éclat et les plis opulents des robes des religieuses.

     

  • Schumann, Mendelssohn, Brahms

    Salle Pleyel.

    Programme Brahms. Les choeurs sont splendides, l'orchestre a une sonorité inhabituelle dans cette musique (comme une voiture dont auraient été enlevées les suspensions ; on sent tous les cahots de la route : on profite des embardées. La deuxième Symphonie gagne en verdeur, en jeunesse, en brutalité quand les trombones soufflent noir.)

    (Mais j'ai préféré la pièce de Schumann ("Nachtlied") : les ténèbres roulent, couronnées de lueurs, avant l'apaisement étale des assonances en a : Schlaf, da nahst du dich leise...)

  • Les promesses de l'ombre, de Cronenberg

    Nikolaï n'est au début que le "chauffeur" ou le "croque-mort" de l'organisation ; il finira par prendre la tête de du gang. Mais son dessein est plus vaste encore. Il est aussi un agent double travaillant à intégrer cette branche particulière de la maffia russe. Il est d'abord adoubé par le directoire de la chevalerie du crime (mais la cérémonie, sans être une imposture, est un piège), on le marque d'un tatouage spécial ; également nu, il est initié une seconde fois (selon un ordre supérieur) lors d'un combat inégal dans les entrailles d'un bain de vapeur (le surin remplace le poinçon du tatoueur). Vainqueur, la figure du héros ne cesse de grandir ; il vide de sens les codes grotesques du clan, il l'emporte sur les personnages ou les acteurs concurrents (le fils indigne, la sage-femme et mère). Il finit seul, sous le déguisement d'un parrain de la maffia, sans qu'on comprenne à quelle suprême manoeuvre il travaille.

  • A nouveau Ornans

    Exposition Courbet, au Grand Palais.

    La quantité d'oeuvres est impressionnante, célèbres ou seulement splendides  : de l'autoportrait à la pipe jusqu'aux natures mortes aux pommes, dans l'ultime salle.  Même les grandes toiles du musée d'Orsay (privé ainsi de son principal chef-d'oeuvre) ont été transportées là : l'Atelier et un Enterrement à Ornans. Elles y sont davantage éclairées : ce qui favorise la première (un intérieur) et désavantage plutôt la seconde.

    Il y a également, de Lille, l'Après-dîner à Ornans (y a-t-il meilleure peinture de la musique ou du sommeil ?). Plus loin, les Sources de la Loue y font à nouveau penser : le grand clavier des blocs clairs à la voûte et dessous la confusion de l'ombre et de l'eau.

    La touche des paysages (la matière des roches ou de la végétation) est diffuse, non tracée, comme un coup d'éponge sur une toile cirée : la superposition des feuillages ainsi représentés est particulièrement belle dans le Ruisseau du Puits-Noir, rendant la profondeur et le demi-jour du sous-bois, le brouillard d'après-midi tiède et vert.