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  • Dayer, Fedele, Kurtag

    A la Cité de la Musique.

    La première oeuvre permet d'écouter des extraits des Lettres portugaises (que je croyais être de Guilleragues mais qu'ici on attribue à une religieuse portugaise, Marianna Alcoforado). Il devait y avoir, selon le programme, encore un poème de Pessoa en anglais mais je ne l'ai pas entendu.

    La seconde met en place un décor impressionnant : une fanfare s'arrange en demi-cercle sur la scène ; les instruments sont disposés à peu près en miroir jusqu'aux extrémités que commandent deux trompettes se faisant face. Autour d'eux, un dispositif électronique crée un deuxième espace, plus grand et plus incertain, traversé par d'autres événements sonores. Exilés dans le vaste paysage, les cuivrent inaugurent lentement un palais désert, pavé de métal, fait d'arches et de symétries.

    La deuxième partie nous ramène chez les hommes avec les Messages de feu Mademoiselle R.V. Troussova de Kurtag. La pièce est composée d'une suite de courts poème de Rimma Dalos. Un ensemble d'instruments pincés, frappés, frottés, etc. habillent et prolongent la voix de la chanteuse, parlant la même langue. L'oeuvre commence par une phase de solitude, interrompue par un coït furieux (une chanson sauvage met l'interprète à rude épreuve, car :)
            Pourquoi ne pousserais-je pas des cris de cochon
            Quand autour de moi tout le monde grogne
    et se termine par une longue traîne de fragments amers. La musique est aussi brève que la parole ; peu de mots consument toutes ses forces. Chaque silence arrête, comme un cri, une épitaphe provisoire.

  • Mozart, Chostakovitch

    Salle Pleyel. (un programme Mozart - Chostakovitch en retard des célébrations de l'année dernière, 1756-1906-2006 ?)

    Discours sur l'état de la Russie, la treizième symphonie convoque une basse et un choeur qui semblent sortir de Boris Godounov pour mettre en scène, une fois encore, le peuple russe et son malheur. La musique porte le drame, avec son ambivalence : les tutti écrasants du premier mouvement et leur grandiloquence, faut-il les comprendre comme un cri de révolte, une dénonciation véhémente de la haine, ou comme une représentation du mal lui-même ? Après les sarcasmes du deuxième mouvement, l'atmosphère ne change pas mais la voix devient plus personnelle, annonçant la quatorzième symphonie (où les poème d'actualité d'Evtouchenko seront remplacés par des textes empruntés à la littérature universelle, donnés par deux chanteurs). Le jeu des timbres fait d'abord connaître la grisaille et l'amertume de la vie quotidienne puis le grondement de la peur (tuba et bourdonnement de timbales). Mais dans le finale, on entend une ritournelle narquoise : n'est-ce pas l'auteur lui-même ? il est perché dans son art, il échappe à ses persécuteurs, il règne dans sa propre lumière (une constellation : avec le célesta, les cloches, le motif du mouvement initial revient comme une citation.)

  • O la berceuse

    Et ta voix rappelant viole et clavecin

    (Les sonorités du clavecin et de la viole dans la salle de concert, hier soir, le chuintement essoufflé de l'un, le cliquètement à vide de l'autre, n'avaient pas le charme qu'elles ont dans les vers de Mallarmé : Don du poème)

  • Sept (ou huit) fois quatre

    A la demande (peut-être pas) de l'Esprit de l'Escalier :

    Questions :
    1- Quatre livres importants de mon enfance
    2- Idem entre l'enfance et l'adolescence
    3- Quatre écrivains que je relirai
    4- Quatre livres que j'ai beaucoup aimés mais que je n'ai pas envie de relire
    5- Quatre livres bientôt lus
    6- Quatre livres à emporter sur une île déserte
    7- Les quatre dernières lignes d'un de mes livres préférés

    Réponses :
    1- Un atlas, une astronomie (et cosmogonie), l'Ile mystérieuse, le Sceptre d'Ottokar.
    2- Phèdre, les Poésies de Mallarmé, Cent ans de solitude, la Force de l'âge, de Beauvoir.
    3- Bonnefoy, Bernhard, James, Stendhal.
    4- La série des Conquérants de l'impossible, de Philippe Ebly ; les Fondation, d'Isaac Asimov ; la Fortune de Gaspard de la Comtesse de Ségur ; le catalogue d'Yvert et Tellier.
    5- Pétersbourg de Biély, les Fables de La Fontaine, Billy Budd de Melville, The victim de Bellow.
    6- Les Mémoires de Saint-Simon, A la recherche du temps perdu, der Nachsommer, l'anthologie des sagas islandaises de la Pléiade.
    7-
    Ah ! la poudre des saules qu'une aile secoue !
    Les roses des roseaux dès longtemps dévorées !
    Mon canot, toujours fixe ; et sa chaîne tirée
    Au fond de cet oeil d'eau sans bord, - à quelle boue ?

    J'aimerais lire ce que répondraient l'AmateurPassé(e) la borne, Zvezdoliki et Mumm.