Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Brouillards, gravats

    Je suis dans un bâtiment moderne qui sert de plate-forme d'observation, moitié grande salle vitrée, moitié terrasse. La tour se détache solitaire dans le ciel. Mais le fond de nuées monte et mange curieusement ses contours. La tour diminue par les bords. Des coulures du brouillard suivent les arrêtes et dissimulent les faces latérales. Les panneaux de béton recouverts, rigoureusement découpés, disparaissent en se confondant avec le gris lumineux et uniforme du ciel.

    L'image silencieuse et paisible se brise quand brutalement la vision d'un chute de gravats s'y ajoute. (Le bruit qu'ils font sonne comme un premier réveil.)

    On court sur la terrasse rejoindre la foule qui regarde. L'effacement avait une autre explication : là-bas des pans de la tour se détachent et tombent en morceaux. L'effondrement s'accélère. Un mur s'ouvre au sommet. Ceux qui habitent là apparaissent dans le noir. Ils se tiennent face au vide comme des comédiens au moment des saluts : un costume bleu roi, un manteau couleur sable que je crois reconnaître. L'horreur interrompt le rêve.

  • Un morceau de sucre trempé d'encre

    A intervalles réguliers (...), la touffe de plumeaux brûlés surmonte un amas de masures noirâtres faites de boue et de paille hachée, aux parois vacillantes, aux petites coupoles de guingois, incroyablement sales, titubantes, sinistres, ensevelies dans une poussière de hauts fourneaux, ne tenant debout que par habitude et prêtes à se dissoudre à la première ondée, comme un morceau de sucre trempé d'encre. Quelques ânes à l'ombre percée d'un tamaris, quelques femmes en deuil éternel, accroupies le long de cases qui ont l'air de jouer à se renverser, quelques enfants nus, en chocolat, couchés dans de la poudre couleur de marc de café ou de mâchefer ; et, sur tout cela, un grand ciel sec, éblouissant, où ne passe jamais un nuage.

    (Maeterlinck, le Royaume des morts)

    [Ne dirait-on pas au lieu d'un paysage la description d'une photo ancienne ? sépias sans épaisseur, mouillés de pétrole, sous un ciel comme le verre mat d'une ampoule électrique.]

  • Lucia di Lammermoor

    A l'Opéra Bastille.

    Celui qui n'est pas ému par elle a une pierre à la place du coeur.

    ... disent à un certain moment les surtitres. Il faudra bien que je me résigne à rentrer chez moi avec cette pierre dans la poitrine (est-elle lourde !?) puisque je suis sourd à l'émotion que cette musique exprime...