Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Autour de la Lune

Au lieu de percuter comme prévu la surface lunaire, le projectile est entraîné dans une courbe qui fait le tour de l’astre. Il dépasse l’hémisphère visible et commence à survoler la face cachée. Par les hublots, les trois voyageurs cherchent à contempler pour la première fois cette portion toujours dissimulée aux observateurs terrestres. Mais, parce qu’ils ont choisi la Pleine Lune pour leur tentative, la face cachée est plongée dans le noir. Ils désespèrent de rien voir quand soudain :

  Ce point de repère fut un éclat lumineux que Nicholl signala tout à coup sur la limite de l’horizon formé par le disque noir. Ce point ne pouvait être confondu avec une étoile. C’était une incandescence rougeâtre qui grossissait peu à peu, preuve incontestable que le projectile se déplaçait vers lui et ne tombait pas normalement à la surface de l’astre.
  "Un volcan ! c’est un volcan en activité ! (…)"

Mais le volcan disparaît et un nouveau phénomène vient traverser la course aveugle des trois voyageurs. L’explosion d’un « bolide » à peu de distance de leur vaisseau.

  C’était comme l’épanouissement d’un cratère, comme l’éparpillement d’un immense incendie. Des milliers de fragments lumineux allumaient et rayaient l’espace de leurs feux. Toutes les grosseurs, toutes les couleurs, toutes s’y mêlaient. C’étaient des irradiations jaunes, jaunâtres, rouges, vertes, grises, une couronne d’artifices multicolores. Du globe énorme et redoutable, il ne restait plus rien que ces morceaux emportés dans toutes les directions, devenus astéroïdes à leur tour, ceux-ci flamboyants comme une épée, ceux-là entourés d’un nuage blanchâtre, d’autres laissant après eux des traînées éclatantes de poussière cosmique.
(…)
  "L’invisible Lune, visible enfin !"
  Et tous trois, à travers un effluve lumineux de quelques secondes, entrevirent ce disque mystérieux que l’œil de l’homme apercevait pour la première fois.
  Que distinguèrent-ils à cette distance qu’ils ne pouvaient évaluer ? Quelques bandes allongées sur le disque, de véritables nuages formés dans un milieu atmosphérique très restreint, duquel émergeaient non seulement toutes les montagnes, mais aussi les reliefs de médiocre importance, ces cirques, ces cratères béants capricieusement disposés, tels qu’ils existent à la surface visible. Puis des espaces immenses, non plus des plaines arides, mais des mers véritables, des océans largement distribués, qui réfléchissaient sur leur miroir liquide toute cette magie éblouissante des feux de l’espace. Enfin, à la surface des continents, de vastes masses sombres, telles qu’apparaîtraient des forêts immenses sous la rapide illumination d’un éclair…

(N’est-ce pas à peu près le même dispositif que reprend Gracq dans le Rivage des Syrtes ? La navigation nocturne d’Aldo est fixée sur le volcan qui domine la capitale ennemie. Arrivé au pied de la montagne, le navire vient frôler les abords de son port. Les voiles de nuages s’écartent "comme au théâtre" et le rivage inconnu du Farghestan apparaît aux agents d’Orsenna alors qu’éclatent les tirs des batteries de l’adversaire).

Les commentaires sont fermés.