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  • The informer

    The informer, de Ford

    Gylo Nolan dénonce aux Anglais un ancien camarade de l’armée secrète irlandaise.

    (Pendant l'arrestation, le fugitif est tué. Dans une très belle scène on le voit défendre l'entrée de la maison où il est réfugié. Il est à l'étage et tire sur les policiers qui se ruent dans l'escalier (de bas en haut). Puis se retournant, il tente de fuir par la fenêtre arrière (de haut en bas) alors que, devant lui, la cour se remplit d'hommes armés qui cernent les lieux.)

    Gylo rêvait de payer son passage en Amérique avec les vingt livres de la récompense. Au lieu de ça, cette nuit-là, il erre dans Dublin, semant son argent, passant d'un lieu fermé à un autre, s'échappant sans pouvoir sortir ; la rue elle-même (économe décor !) est close par le brouillard ou par la nuit. Gylo se saoule, va rendre visite au cadavre de son ami, régale toute une troupe de traîne-misère, se laisse emmener au bordel. Chaque billet extirpé de sa poche (et presque chaque pièce qui en tombe) provoque la stupeur ou la frénésie du petit peuple dublinois. A la fin, sans le sou, il est convoqué devant un tribunal clandestin.  Héros et coupable, Gylo a plus d’épaisseur que les personnages "positifs" du drame : sa bonne amie, prostituée, qui cherche à le sauver ou l’officier un peu pâle qui le condamne à mort. Il triomphe d'une certaine manière en mourant : criant à Dieu, dans l'église où il entre criblé de balles, qu'il a obtenu le pardon de la mère de l'homme dont il a causé la mort.

  • Le Désastre de Pavie, de Giono

    Tout l'emplacement de l'ancien parc n'est plus aujourd'hui qu'une vaste peupleraie dans des prairies basses, très humides, quadrillées par une multiplication de rigoles et de canaux, dont certains ont plusieurs mètres de large. Les peupliers sont cultivés, alignés et soignés, certaines parcelles en portent des quinconces serrés, les arbres n'étant plus qu'à quatre mètres les uns des autres ; les chemins circulent par d'invraisemblables détours sur des levées entre des canaux, pour aller de Mirabello à San Genesio, de San Genesio à Burgarello, à Lardirago, à Sant' Alesso, à Due Porte, qui sont des villages ; à Casina Rizza, à Casina Bosco, à Casina Colombara, à Casina Santugno, à Casina Scala, à Casina Corso, à Casina Canonica, à Casina Repentita, etc., qui sont de grosses fermes. (...) C'est une admirable région de paix.

    Suspendant son récit à la veille de la rencontre décisive, l’auteur arpente le champ de bataille.  Il parcourt la campagne moderne de Pavie et l’imagine, quatre siècles plus tôt, à peu près pareille. C’est alors la belle description d’un territoire mi-sauvage mi-domestique, avec rivières, mares, canaux et levées de terre ; une réserve de chasse entourée d’un mur de brique, partie couverte de peupliers, partie encombrée de fondrières. Les lieux et les saisons sont libérés pour un temps des figures historiques et de leur psychologie à ressorts, des allées et venues et des manœuvres embrouillées des deux armées qui circulent à l’aveuglette ;  ensuite la mêlée s’engagera avec pour finir, entre nuit et brouillard, un grand massacre de la bêtise caparaçonnée.

    (Je me rappelle aussi dans le Bonheur fou ces passages où la contrée l’emporte sur les personnages : traversant la Lombardie, le héros se résume à sa cavalcade, le cavalier à la chevauchée ; il avance dans un paysage qui se découvre devant lui ; il est la cadence selon laquelle l’auteur ouvre le chemin ; et finit par ressembler au point imaginaire que le mouvement de la lecture trace dans la page.)

  • Zabracheumeuneur

    D'ici, en passant par  et ... savoir où ça mènera...

  • Versailles

    Belle journée, dimanche, pour visiter Versailles. Ce n'est déjà plus "le premier coup de cymbale de l'automne sur la terre" mais les arbres commencent seulement à jaunir. La couleur ne précède pas l'abandon de l'hiver, ni la froide mélancolie, mais rappelle l'or des fontaines et des plafonds. Elle signale un mûrissement dont les fruits abstraits pourraient être les urnes en métal doré posées en haut des treillages dans le bosquet d'Encelade. Le jour, chaud et lumineux, appartient à un été détaché du cycle des saisons, installé dans l'éternel ; il s'accorde avec le palais, sorti de l'Histoire, ou avec les divinités antiques du parc, retraitées d'un culte disparu. Voici la capitale d'un règne détruit, magnifiquement entretenue et restaurée, avec "ses miroirs ternis et ses flammes mortes", comme la Galerie des Glaces, neuve et vieille, à nouveau visible.