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  • L'Affaire Makropoulos

    A l'Opéra Bastille.

    C'est le finale qui emporte le morceau : car, pendant les deux premiers actes, on est souvent perdu ; l'intrigue est bien embrouillée : qui est cette femme qui vient régler des affaires de famille vieille de deux siècles et passe d'homme en homme ? la mise en scène néglige de caractériser les personnages (à l'exception du rôle principal, Elina Makropoulos alias Emilia Marty alias Eileen MacGregor, etc. associé notamment, à l'image, à Marilyn Monroe ou à Bette Davis dans All about eve, ou Gloria Swanson dans Sunset Boulevard ) ; la partition semble alterner des extraits de la Sinfonietta ou du quatuor Lettres intimes sans qu'on repère (à la première écoute) le sens. Enfin la cantatrice prend la parole, révèle son secret, donne son âge (un peu plus de trois cents ans) et crie sa lassitude et son dégoût de cette immortalité magique : la force et la plénitude de la musique alors contredisent, ou plutôt complètent, son monologue ; la vie, disent-elles, ne vaut que parce qu'elle va s'interrompre. Elina choisit de mourir.

  • Mahler

    Au Théâtre des Champs-Elysées. La neuvième Symphonie de Mahler, à nouveau.

    (On fera une fois encore le voyage. Un battement, d'un pied sur l'autre, lance la marche. Le pas bâtit le chemin ; le coup de rame fait naître l'eau ; partir souffle ; aller trace un sillage. Les remous se propagent de part et d'autre et vont scintiller loin. Le feuillage des rives tremble. La route creuse l'espace. Le pays s'étage : s'entassent dans le reflet arbres, prairies, collines, étés, mémoire, ciels... alors que, comme on rentre en soi, se retournant, l'eau noire sourdement battue, aveugle, bouchée de toute part, dresse à l'envers ses profondeurs vides.)

  • Cité Trévise

    Il parlait avec un léger accent parisien - celui de la cité d'Hauteville et de la rue des Petits-Hôtels et aussi de la Cité Trévise, là où on entend le murmure de la fontaine dans le silence.
    (Modiano - Un pedigree)

    (Dans l'annuaire périmé, les anciens noms demeurent, sans visage et sans voix. Rues et places, elles, sont toujours là : on peut aller les vérifier ; on entendra la fontaine de la Cité Trévise).

  • Praxitèle

    L'exposition commence par un socle vide : le sculpteur y a mis sa signature et c'est peut-être là le seul témoignage de sa main que tout le monde s'accorde à reconnaître. Elle se termine par un satyre de bronze, trouvé dans une épave au large de la Sicile : corps arqué, tête rejetée en arrière, yeux blancs de l'extase. Entre les deux termes du parcours sont rassemblées des statues hypothétiquement imitées ou inspirées des originaux. Elles me rappellent (faute d'attention sans doute) l'ennui que peuvent instiller les collections d'antiquités classiques quand l'exaltation du nom ou l'étrangeté manquent : sans vie et sans grâce, peuple monotone de marbre encombré de copies, pastiches et rafistolages produit inlassablement par les ateliers pour le décor des palais, des jardins et des stades.