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  • Iphigénie en Tauride

    A l'opéra Garnier.

    Iphigénie ne reconnaît pas Oreste ; Oreste n'a pas reconnu Iphigénie (ça fait pourtant près de trois mille ans qu'ils rejouent leur histoire). La grande prêtresse se prépare donc malgré elle à sacrifier le naufragé. Récitatifs, airs, chœurs et ballets s'imbriquent sans coutures achevant la cohérence des unités de lieu, de temps, d'action (seul le metteur en scène rêvasse et parle d'autre chose ; je n'ai pas compris quoi).  La musique est pleine de contraste, de terreur et d'héroïsme, de pleurs et d'allant ; elle est jouée avec le feu ou l'ombre nécessaires. Les chanteurs tragédiens sont compréhensibles, émouvants, naturels...

    Mais tout ça ne réussit pas à me faire aimer la musique de Gluck...

  • Mozart, Chostakovitch

    Concert au Théâtre des Champs-Elysées.

    Rétrospectivement la première partie ressort presque insipide et même boiteuse (avec dans le concerto de Mozart un certain déséquilibre entre le dix-huitième siècle essoufflé du soliste et l'énergie de l'orchestre).

    Il n'y avait pas ces défauts dans la Dixième de Chostakovitch : à la fois musique pauvre, brisée, sans couleurs mais cohérente, forte, juste. A l'exception du quatrième mouvement plus difficile à envisager avec son espèce de joie fausse et vulgaire, une palette de gris et de noirs peint – si l'on veut – la désolation, le sarcasme ou l'horreur. Mais les plus beaux sont ces moments d'énigme ou d'aube (les petites flûtes à la fin du premier mouvement ; dans le troisième, le motif répété par les cors en forme d'appel suivi par la respiration des cordes) : une lumière sans qu'on sache d'où elle vient.

  • Ravel, Bartok

    Concert au Théâtre du Châtelet.

    Dans Daphnis et Chloé, il y a un lever de soleil fameux (glouglou des sources, cris d'oiseaux, soleil bouche grande ouverte) et de beaux paysages sonores mais souvent on s'ennuie (et pense à autre chose : ainsi le chuintement nocturne des cordes avec le chœur qui fait ah ! me disait les souffles de la nuit flottaient sur Galgala).

    En revanche avec son alternance de scène (Judith et Barbe-Bleue) et d'évocations (à chaque fois qu'une porte du château s'ouvre), l'opéra de Bartok ne laisse pas l'attention s'égarer (ne serait-ce que les sept portes à compter.)

    Après la cinquième, celle du domaine de Barbe-Bleue, quand les cuivres opposés, dans la salle, et l'orgue montent le volume sonore à son paroxysme - et préparent, plus loin, le plongeon dans l'hébétude du lac des larmes (sixième porte) - je suis submergé par la musique (ou assommé par la chaleur ? fasciné par l'énorme caparaçon de la cantatrice, moiré comme la robe d'une mouche verte).