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The Man who shot Liberty Valance

Au cinéma, L'Homme qui tua Liberty Valance, de Ford.

Pendant tout le prologue, je ne vois que le carton à chapeau que Hallie transporte avec un soin et une intensité qui font peur. C'est peu dire qu'il détonne dans l'attirail du deuil. Malgré le noir et blanc, on les imagine roses les rayures de cette boîte ronde et fermée. Hallie ne s'en sépare pas, la couve du regard et de temps en temps la caresse. On ne verra pas l'intérieur ; un des derniers plans du prologue est seulement ce carton que Hallie entrouvre. L'équivalent visuel peut-être de la confession que Ransom commence alors.
L'autre boîte close dans ces premières scènes c'est le cercueil de Tom Doniphon. Bien évidemment on ne nous fait pas voir le cadavre. Dans l'épilogue enfin les deux boîtes sont montrées dans le même plan. Le carton à chapeau a été vidé de son contenu : maintenant déposée sur la bière, la fleur du cactus, emblème côté cœur de Tom Doniphon, sorti de la boîte. Voilà pour la confession, amoureuse, de Hallie.

La confession de Ransom revient également à sortir Tom Doniphon du hors-champ : on nous raconte deux fois le duel fameux qui oppose Ransom à Liberty Valance ; la première fois conformément à la légende, comme un combat singulier ; la seconde en nous montrant Tom Doniphon embusqué tirant le coup de feu mortel.
Cette vision en deux temps, nous en avons eu une première expérience dans la scène où Tom Doniphon et Liberty Valance s'affrontent. Les deux hommes se font face à travers la cantine, prêts à tirer. Liberty Valance qui est avec ses sbires pense triompher : son adversaire n'est-il pas seul contre trois ? non, il n'a pas vu derrière lui Bompey à la porte de la cuisine avec un fusil.

Mais toute la différence entre ces deux scènes, c'est que le premier duel respecte les règles du combat singulier, celles d'un affrontement personnel (pas nécessairement égal et juste) entre deux individus qui se font face ; alors que le second est la négation de ces règles (un tireur caché). Le comble est que cette transgression soit accomplie par l'homme qui incarne les codes d'honneur du Far West, Tom Doniphon.
Et parallèlement, Ransom aussi se renie lui-même dans ce duel avec Liberty Valance (son châtiment sera d'avoir à assumer la légende de ce haut fait d'armes jusqu'à la fin de ses jours). Car Ransom est l'homme de la Loi, écrite, abstraite et collective. Il refusait jusque là de se laisser entraîner dans le jeu des offenses et des vengeances personnelles.

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