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  • Chostakovitch, Mahler

    Concert au théâtre des Champs-Elysées.

    (Début du dernier mouvement de la neuvième de Chostakovitch ; une ponctuation de cuivre, vents et cymbales, prolongée par le frémissement imperceptible des altos : voilà le silence de l'aube ouvert pour le chant du basson.)

    (Quatrième de Mahler :

    Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fais rougir.
    Il y a une horloge qui ne sonne pas.

    Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

    Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant. A l'issue du Ruhevoll, nous avons vidé la boîte et, en avançant, semé tous les joujoux, nous avons traversé la longue après-midi, le pays plein de repos et d'ombres, nous avons rejoint les violons vibrant derrière les collines et poursuivi jusqu'après les lointains pleins de lumière ; après la nuit et le jour, nous voilà certes arrivés dans l'outre-monde, dans le temps trop heureux d'une enfance ultérieure. "Wir geniessen die himmlischen Freude".)

  • Bellérophon

    Bellérophon, de Lully, à la Cité de la musique.

    (La méchante Sténobée, reine d'Argos, poursuit le héros Bellérophon de son amour néfaste. Le personnage n'est pas sans rappeler la Phèdre de Racine : dans ce passage surtout où elle découvre que Bellérophon qu'elle croyait indifférent à toutes en aime une autre qu'elle : Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi ! 
    Plus intéressante peut-être la lumière en retour qu'elle projette sur Phèdre : comme Sténobée fait naître la monstrueuse Chimère pour détruire le héros, Phèdre, presque magicienne, suscite le monstre marin qui provoque la mort d'Hippolyte.)

    (Je me souviens d'avoir vu l'interprète de Sténobée chanter Mélisande il y a quelques années au musée d'Orsay. J'ai encore dans l'oreille sa façon de prononcer les dernières paroles de la pauvre mère, devant son enfant : je ne les ai jamais entendu si bien dites, Elle ne rit pas... Elle est petite... Elle va pleurer aussi... J'ai pitié d'elle... avec une froideur plus bouleversante que tous les attendrissements.)

    (Bellérophon s'apprête à combattre la Chimère non pour vaincre mais pour mourir, car l'oracle a prédit que seul un fils de Neptune tuerait le monstre et que le vainqueur épouserait la fille du roi, que Bellérophon aime (il ne sait pas encore que son père est le dieu marin). Le héros chante un bel air qui s'achève par
    Quand on a perdu ce qu'on aime
    Il ne reste plus qu'à mourir 
    Je reconnais alors celui qui chantait David dans le David et Jonathas de Charpentier, il y a un lustre, dans la même salle. C'est la dernière scène : David vient de perdre son ami ; il reste immobile alors que derrière lui éclate un choeur triomphal qui célèbre sa victoire. Ses dernières paroles, qu'on a cessé d'entendre, retentissent encore :)
    J’ai perdu ce que j’aime
    Pour moi Tout est perdu