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  • Haydn, Beethoven

    Salle Pleyel.

    Symphonie n°104 94 de Haydn dite « la Surprise ». La surprise en question, nous dit-on, est une ponctuation un peu appuyée au début de l’andante ; elle vient déranger l’espèce de comptine qui en constitue le thème. Ce qui surprend, à vrai dire, est que cet innocent « tutti relevé de timbales » ait pu à l’époque faire sursauter l’auditoire. Nous sommes tellement habitués aux contrastes de la musique symphonique ultérieure que je ne sais si, au deux-tiers d’un adagio, un coup de canon tiré, à blanc, depuis l'orchestre ferait broncher la salle.

  • Théâtre à machines (Marly)

    À la fin, le roi, lassé du beau et de la foule, se persuada qu'il voulait quelquefois du petit et de la solitude. Il chercha autour de Versailles de quoi satisfaire ce nouveau goût. Il visita plusieurs endroits, il parcourut les coteaux qui découvrent Saint-Germain et cette vaste plaine qui est au bas, où la Seine serpente et arrose tant de gros lieux et de richesses en quittant Paris. On le pressa de s'arrêter à Lucienne, où Cavoye eut depuis une maison dont la vue est enchantée, mais il répondit que cette heureuse situation le ruinerait, et que, comme il voulait un rien, il voulait aussi une situation qui ne lui permit pas de songer à y rien faire.

    Il trouva derrière Lucienne un vallon étroit, profond, à bords escarpés, inaccessible par ses marécages, sans aucune vue, enfermé de collines de toutes parts, extrêmement à l'étroit, avec un méchant village sur le penchant d'une de ces collines qui s'appelait Marly. Cette clôture sans vue, ni moyen d'en avoir, fit tout son mérite. L'étroit du vallon où on ne se pouvait étendre y en ajouta beaucoup. Il crut choisir un ministre, un favori, un général d'armée. Ce fut un grand travail que dessécher ce cloaque de tous les environs qui y jetaient toutes leurs voiries, et d'y apporter des terres. L'ermitage fut fait. Ce n'était que pour y coucher trois nuits, du mercredi au samedi, deux ou trois fois l'année, avec une douzaine au plus de courtisans en charges les plus indispensables.

    Peu à peu l'ermitage fut augmenté; d'accroissement en accroissement les collines taillées pour faire place et y bâtir, et celle du bout largement emportée pour donner au moins une échappée de vue fort imparfaite. Enfin, en bâtiments, en jardins, en eaux, en aqueducs, en ce qui est si connu et si curieux sous le nom de machine de Marly, en parc, en forêt ornée et renfermée, en statues, en meubles précieux, Marly est devenu ce qu'on le voit encore; tout dépouillé qu'il est depuis la mort du roi. En forêts toutes venues, et touffues qu'on y a apportées en grands arbres de Compiègne, et de bien plus loin sans cesse, dont plus des trois quarts mouraient, et qu'on remplaçait aussitôt; en vastes espaces de bois épais et d'allées obscures, subitement changées en immenses pièces d'eau où on se promenait en gondoles, puis remises en forêts à n'y pas voir le jour dès le moment qu'on les plantait, je parle de ce que j'ai vu en six semaines; en bassins changés cent fois; en cascades de même à figures successives et toutes différentes; en séjours de carpes, ornés de dorures et de peintures les plus exquises, à peine achevées, rechangées et rétablies autrement par les mêmes maîtres, et cela une infinité de fois; cette prodigieuse machine, dont on vient de parler, avec ses immenses aqueducs, ses conduites et ses réservoirs monstrueux, uniquement consacrée à Marly sans plus porter d'eau à Versailles; c'est peu de dire que Versailles tel qu'on l'a vu n'a pas coûté Marly.

    (Saint-Simon)

  • Marly

    Les bâtiments de Marly ont été détruits ; mais le site a été rétabli avec ses terrasses, ses dénivellations, quelques-uns des bassins et des allées. Les collines et les bois ferment l’étroit vallon ; il n’ouvre que du côté où il descend en donnant en balcon sur la plaine. Vus du parc, les voies d’accès et l’axe dégagé à l’arrière se terminent en haut de la pente, sans perspective. La disposition du lieu choisi et transformé par le roi est fortement orientée : selon l’axe nord-sud, et sa perpendiculaire est-ouest, ouverte au nord (à l’inverse d’un palais chinois) et close dans les autres directions. La splendeur des parcs et châteaux de Louis XIV n'évoque rien de sacré. Mais ici on croirait qu’un géomancien a décidé de l’arrangement d’un temple habité par un roi-mage. (Le monarque se protège par les forêts et les hauteurs des influences néfastes de certains quadrants de l’horizon. Il organise et retarde par des conduites forcées et des miroirs la fuite des eaux vers le Nord. Il  s’occupe peut-être, se cachant du soleil à son lever et à son coucher, de faire tourner la terre sur l’essieu polaire.)

  • Brahms

    Salle Pleyel.

    (De toutes les forces de sa matière, métal, corde, bois et peaux, l'orchestre fait feu puis la grande voix du choeur énonce la désespérante leçon du chant des Parques : la race des hommes a été assise une fois à la table d'or des dieux. Mais elle en a été chassée ; et précipitée dans les profondeurs sans lumière. Le proscrit ignore si le tribunal divin prononcera. Il est tapi dans la caverne et, contemplant sa descendance, secoue la tête.)

  • Rigoletto

    A l'opéra Bastille.

    Pourquoi Rigoletto ne veut-il pas dire son nom à sa propre fille, Gilda ? D'où vient l'étrange nom, Gualtier Maldè, que le Duc de Mantoue invente pour séduire la jeune fille ? Le mélodrame s'achève, Rigoletto tue sa fille au lieu du Duc sans que ces mystères (peut-être obscurément liés) ne trouvent leur explication.