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  • Timbale, île

    La soprano américaine (blanches et bonnes joues, petit nez, cheveux noirs et très frisés) va nous chanter une version retrouvée des Proses Lyriques. Les musiciens qui l'accompagnent font demi-cercle debout derrière elle. Un coup de timbale. L'instrument est maintenu dans une corbeille de paille tressée de deux couleurs ; portée devant soi par une lanière de cuir passée autour des épaules.

    Cette terre est toute en longueur. Une crête rocheuse parallèle court d'un bout à l'autre, en s'abaissant, et la coupe en deux. Un côté est presque entièrement occupé par la ville, l'autre, plus escarpé, est couvert de bois. Depuis l'extrêmité la plus basse de l'île, on voit à gauche, sous les hauteurs, une rampe monter doucement parmi les feuillages. A l'extrêmité la plus haute, on tourne entre les maisons blanches jusqu'à déboucher sur une terrasse. C'est la direction du large et pourtant c'est par là que l'horizon est le plus encombré d'îles et de rochers.

  • Suite d'Arabella

    J’assiste à une représentation d’Arabella. Le public monte sur la scène. Il n’y a ni fosse, ni orchestre ; deux ou trois marches suffisent pour franchir la rampe. L’entrée des spectateurs se fait d’ailleurs par le fond du plateau ; on passe dans le décor avant de gagner sa place. Au début du deuxième tableau, un petit groupe manque la fin de l’entracte et, faisant irruption, dérange l’action qui a repris.

    Deux femmes conversent dans un salon : A se tient debout à côté d’une dame, peut-être sa mère, assise dans un large fauteuil. KM interprète une fois encore le rôle-titre (je m’avance si près que je peux voir la couleur de ses yeux). Je reconnais l’autre actrice pour l’avoir vue dans Persona ; ici comme là elle joue la plus âgée.

    Il ne s’agit pas à proprement parler d’Arabella mais d’un ouvrage qui lui fait suite (comme le Mariage de Figaro succède au Barbier de Séville). Il semble qu’A connaisse les même déceptions que la comtesse. Quelques images violentes nous montrent comment son mari, le hobereau hongrois, se livre loin d’elle à ses plaisirs.

  • Berlioz

    Roméo et Juliette, de Berlioz, à l'opéra Bastille.

    Beaucoup distrait (ou plutôt dérangé) pendant ce spectacle, au point d'avoir l'impression de n'y avoir assisté que de loin (malgré les belles lueurs devinées). Dans l'ouverture, un écho gêne les sonneries des cuivres.  Le public est bruyant (je pense d'abord que les sauts et les chutes des danseurs l'encouragent, mais il semblerait au contraire que ce soit l'orchestre qui donne le signal de la toux ; quand l'un s'arrête, l'autre aussi). Le ballet m'ennuie (sauf les mimes, pendant la scène du bal, ou ensuite dans le désordre du scherzo ;  mais j'imagine que ce ne sont pas là les figures les plus essentielles de la danse). La forme elle-même de l'oeuvre me décourage : après avoir réduit et dilaté le drame à ses élément cruciaux (la rencontre, la déclaration, la mort), l'auteur a adjoint un prologue (en forme de commentaire chanté) et un épilogue (une scène sentencieuse de réconciliation publique).

  • Franchir les fleuves

    Dans l'avion du retour, le soleil apparaît à gauche, bas sur l'horizon. On vole à travers les nuages épars, illuminés horizontalement. Les formes ocre-rose et bleues n'ont pas d'épaisseur, ni de contour ; elles ne marquent pas l'éloignement. Sous elles, la terre voilée est un fond brun sans dessin et sans relief. Seuls, de loin en loin, les fleuves tracent un chemin clair, étiré d'est en ouest, figurant la pente et l'étendue du pays.