Avant la fin de la nuit, dans la lumière de l'aube, il y a un grand quart d'heure où la terre délaisse son immobile planéité. Les vallées sombrent, les collines s'élèvent. La plaine est agitée par une houle fort lente. Sur les sommets, au-dessus des ravins, comme l'écume à la crête des vagues, les bois tremblent et font aller et venir dans la bonace les dernières feuilles à l'extrémité de leurs branches. Au profond de l'ombre, l'eau, que la dénivellation excite, coule plus rapide et brille ; les deux rives augmentées étreignent les nuages et refoulent vers l'amont un épais brouillard. Tout gonfle, et les couches basses de l'atmosphère et les limites supérieures du sol s'étagent plus hardiment dans l'épaisseur, se disjoignent et s'intercalent, semblables à la rêverie et au rêve du dormeur à demi réveillé.
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Noël
On survole avant l'atterrissage, dans ces semaines de décembre, les lotissements habituels, crépusculaires et mornes, absolument déserts. Seule, parmi les maisons identiques, une que l'ennui a rendue folle, clignotante et enguirlandée, allume toutes ses loupiotes comme une machine au dernier degré de l'alarme.
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"Voyez-vous"
Au sortir d'une lecture de Kahn chez Leconte de Lisle, Mallarmé disait à Heredia : "Voyez-vous, tout cela c'est bien, mais, depuis la grande déviation homérique, il n'y a que moi qui ai su ce que c'était que la Poésie. Seulement, je suis un infirme. Mais Shakespeare, Hugo... ce sont des exceptions brillantes."
(Henri de Régnier, Les Cahiers)