(Sélysette, Ygraine, Mélisande, Bellangère et Alladine : prénoms impossibles des cinq premières femmes de Barbe-Bleue, noms inventés de béguines, babil de vieilles enfants recluses ; on comprend que, comme elles, ils ont besoin de s'abriter derrière les murs, les fossés pleins d'eau et les ponts levés du château et ne supporteraient pas le grand air. Leur chanson, la comptine fausse des filles d'Orlamonde, monte des souterrains à l'ouverture de la dernière porte. Dans leur bizarrerie, elles sont plus humaines pourtant qu'une Ariane, donneuse de leçons, VRP de la libération, qui les fait paraître et les anime sans parvenir à les mener hors de leur geôle refuge.)
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Jeffrey Aspern contre la Dame de pique
Tchekalinski commença à tailler ; ses mains tremblaient. À droite, on vit sortir une dame ; à gauche un as.
« L’as gagne, dit Hermann, et il découvrit sa carte.
– Votre dame a perdu », dit Tchekalinski d’un ton de voix mielleux.
Hermann tressaillit. Au lieu d’un as, il avait devant lui une dame de pique. Il n’en pouvait croire ses yeux, et ne comprenait pas comment il avait pu se méprendre de la sorte.
Les yeux attachés sur cette carte funeste, il lui sembla que la dame de pique clignait de l’œil et lui souriait d’un air railleur. Il reconnut avec horreur une ressemblance étrange entre cette dame de pique et la défunte comtesse…
« Maudite vieille ! » s’écria-t-il épouvanté. Tchekalinski, d’un coup de râteau, ramassa tout son gain. Hermann demeura longtemps immobile, anéanti. Quand enfin il quitta la table de jeu, il y eut un moment de causerie bruyante. Un fameux ponte ! disaient les joueurs. Tchekalinski mêla les cartes, et le jeu continua.
(Pouchkine - La Dame de pique, trad. Mérimée)"She wanted to say something to me--the last day--something very particular, but she couldn't."
"Something very particular?"
"Something more about the papers."
"And did you guess--have you any idea?"
"No, I have thought--but I don't know. I have thought all kinds of things."
"And for instance?"
"Well, that if you were a relation it would be different."
"If I were a relation?"
"If you were not a stranger. Then it would be the same for you as for me. Anything that is mine--would be yours, and you could do what you like. I couldn't prevent you--and you would have no responsibility."She brought out this droll explanation with a little nervous rush, as if she were speaking words she had got by heart. They gave me an impression of subtlety and at first I failed to follow. But after a moment her face helped me to see further, and then a light came into my mind. It was embarrassing, and I bent my head over Jeffrey Aspern's portrait. What an odd expression was in his face! "Get out of it as you can, my dear fellow!"
(James - The Aspern Papers).[Ou bien James d'après Pouchkine ?
(...) the whole episode was essentially delightful to me. I foresaw that I should have a summer after my own literary heart, and the sense of holding my opportunity was much greater than the sense of losing it. There could be no Venetian business without patience, and since I adored the place I was much more in the spirit of it for having laid in a large provision. That spirit kept me perpetual company and seemed to look out at me from the revived immortal face--in which all his genius shone--of the great poet who was my prompter. I had invoked him and he had come; he hovered before me half the time; it was as if his bright ghost had returned to earth to tell me that he regarded the affair as his own no less than mine and that we should see it fraternally, cheerfully to a conclusion.]
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Atterrissage
Après un crochet au-dessus de la Mer du Nord, on rejoint la terre qui a l'air d'une plaque posée sur les eaux, découpée comme un pochoir ; la ligne du rivage se poursuit, sans cassures, par tronçons, de dunes en digues. Des éoliennes y sont plantées, blanches comme l'écume à leur pied, signes et couleur du mouvement invisible du vent et des vagues. On survole un canal semblable à un bras de mer tracé à la règle. Des péniches, étirées selon la perspective, désignent l'horizon où s'accumulent grues, entrepôts et darses. Dans l'éloignement, des ramifications forment le réseau des villes ; un port immense, occupé de lui-même, semble constituer tout l'intérieur du pays.
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The Spoils of Poynton (2)
En plus d’une occasion, dans le cours du roman, Mrs Gereth fait comprendre à son fils Owen, quelque fois fort brutalement, qu’elle souhaite le voir épouser sa protégée, Fleda Vetch. A cette condition, lui dit-elle, il pourra prendre possession des objets d’art (the spoils) que Mrs Gereth a patiemment collectionnés et dont elle refuse de se séparer bien que, depuis la mort de son mari, le fils en soit le propriétaire légal.
Le motif rappelle un autre chantage matrimonial dans une nouvelle du même auteur, The Aspern Papers: le narrateur en est un critique littéraire ; il poursuit une vieille femme autoritaire et avare qui a été la maîtresse, soixante ans plus tôt, d’un poète célèbre et qui garde sans doute en sa possession des lettres et des manuscrits qu’elle refuse de laisser voir. La vieille dame vit seule avec sa nièce dans un palais vénitien délabré. Tout le sel de l’histoire vient de l’espèce de cour que le narrateur fait à la plus jeune pour gagner la confiance de la vieille et, en retour, du marchandage qu’on finit par lui suggérer, à sa grande confusion (il est pris à son propre piège) : le mariage avec la nièce, Miss Tina, en échange des papiers.
Dans les deux récits, le mariage proposé ne se fait pas et le trésor finit dans les flammes. Mais d’une histoire à l’autre, le point de vue a bien changé : Fleda Vetch, contrairement à Miss Tina, est le personnage central du roman et nous suivons le déroulement du drame selon la compréhension qu’elle en a ; en ce sens, elle se rapproche du narrateur des Aspern Papers (dont elle reprend un autre trait : la dévotion pour le trésor, au point que les mots sont presque les mêmes pour décrire le désespoir de l’un et de l’autre, quand celui-ci est détruit). Le ressort implicite de la nouvelle (la discordance entre les vues du narrateur et celles des deux femmes) devient, dans le roman, un problème trouble et indécidable. On connaît mal, dans celui-ci, les motivations d'Owen, le fils de Mrs Gereth (qui occupe une position équivalente à celle du narrateur des Aspern Papers). Les deux images contradictoires du comportement d’Owen (il est amoureux de Fleda ; il se sert de Fleda comme d’un moyen pour récupérer son bien) se superposent et le dénouement ne permet pas au lecteur de choisir une hypothèse plutôt que l'autre.
(Pour continuer le jeu d’échos, on pourrait s’amuser à remonter jusqu’à la Dame de Pique de Pouchkine dont les Aspern Papers semblent être une transposition (je ne sais pas si cela est avéré ?) et chercher à deviner sous les traits de Fleda Vetch ceux de Lisabeta Ivanovna, dame de compagnie de la terrible Comtesse Anna Fedotovna.)