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  • Schumann, Schubert, Strauss

    Concert à la salle Pleyel : lieder avec orchestre de Schubert et Strauss.

    (A chaque fois que j'entends le Morgen ! de Strauss, il s'agit en l'occurence de la troisième en quelques semaines, je me demande ce qui peut rendre supportable un tel assaut de mièvrerie, quand bien même il serait merveilleusement chanté comme ce soir ; tant de sucre ne devrait-il pas soulever le coeur, a fortiori dans cette version pour orchestre où le violon solo passe les limites de la décence ? Le charme qu'on peut y trouver, s'il existe, tient peut-être à cette façon de commencer au milieu d'une phrase, par cette conjonction "Und" précédée d'une longue introduction ; la pièce se présente ainsi comme la péroraison d'un vaste discours enseveli, comme la conclusion soudain articulée d'une rêverie longtemps muette ; mais n'est-ce pas là tout bonnement un truc de chanson sentimentale ?)

  • Bach

    Passion selon Matthieu, salle Pleyel.

    (Les parties chorales ne sont pas chantées ici par un ensemble constitué mais par la réunion des solistes, renforcée par un petit groupe. Cependant l’impression n’est pas fondamentalement changée : le grand chœur final semble propulsé, comme ailleurs chez Bach, par quelque vaste machine pneumatique.  Le souffle qu’elle génère trahit, dans ses fluctuations,  la sinusoïde qui résulte de la rotation de tambours invisibles et inaltérables. Et son moteur est plus puissant que les forces humaines qu’elle anime, plus stable que leur élan. La Passion devrait s’achever par une  pierre d’attente et  préparer à l’événement qui lui succède et lui donne son sens. Mais ici la musique semble perpétuer l’entre-deux par son ambivalence : est-ce un appel ? est-ce une berceuse ?  L’instant s’éternise dans le cercle d’une litanie : nous veillons, tu reposes, nous dormons, tu veilles.)

  • Bach

    Passion selon Jean, à la Cité de la musique

    (Le plus étonnant dans la distribution, c’était Jésus : moins sublime, plus combatif qu’à l’ordinaire, très humain quoique ou parce qu’un peu étrange ; dans son face à face avec Caïphe ou Pilate on pouvait presque le soupçonner de morgue ou de vantardise (il ne manque pas de faire savoir qu’il a quelques légions célestes à sa disposition) ; bref pour une fois, dans cette première partie, l’interprète ne chantait pas le rôle comme, on l’imagine, le ferait le Beau Dieu d’Amiens descendu de son trumeau et s’il n’était de pierre.)