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  • Salomé

    A l'opéra Bastille.

    Le meilleur livret ? il souffre d'une incohérence qui me gêne. Il y a d'un côté un drame familial à la psychologie "réaliste" (dans les passages qui  réunissent Salomé, Hérode et Hérodias) ; c'est le caprice d'une petite fille gâtée : Salomé, d'abord rivale de sa mère, séductrice de son beau-père ; puis, prenant le contrepied, alliée de sa mère et persécutrice d'Hérode, s'entêtant : "Je veux la tête de Jochanaan !".

    De l'autre, il y a le tableau vivant symboliste : Salomé mythe et amoureuse tragique, dans les scènes qui la confrontent au saint ou à sa tête tranchée ; jaggernaut sous lequel se jette Narraboth ; grande Babylone que vomit Jochanaan et qui se confond avec Hérodias (prenant pour elle les anathèmes que le prophète destine à sa mère). C'est elle qui finit par pontifier (se faisant la voix grosse et sifflant) : "Le Mystère de l'Amour excède le Mystère de la Mort".

     

  • Tristan et Isolde

    Acte 2 de Tristan et Isolde, au Théâtre des Champs-Elysées.

    (Comme il s'agit d'un version de concert, permettons-nous quelques remarques sur la mise en scène :

    Ratés : la robe toute jaune d'Isolde ; l'entrée en scène de Tristan, comme celle-ci coïncide avec l'arrivée du ténor qui joue Tristan, le ventre en avant et la partition à la main ; la solitude surpeuplée des deux amants, à quelques mètres l'un de l'autre, poussés aux reins par un orchestre tonitruant placé immédiatement derrière eux ; les regards qu'ils échangent alors que leurs voix ne s'accordent pas ; la pose bancale, bras ballants, de Marke une fois qu'il a magnifiquement chanté sa plainte qui est comme le post-coitum-animal-triste du fameux duo d'amour.

    Réussis : le port de tête souverain d'Isolde ; ses quelques gestes mesurés et grandioses ; la chasse lointaine qui se tait et le silence soudain audible, c'est à dire le bruit des sources ; l'extinction du flambeau signal qui fait brasiller l'orchestre ; Tristan assis sur sa chaise constatant, accablé : ce que tu demandes, ô mon roi, tu ne pourras jamais l'apprendre.)