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  • The Rake's progress

    A l’opéra Garnier.

    La musique, le jeu, le chant, les décors, tout cela ne s’arrange qu’assez tard (les voix se perdent souvent dans les cintres) ; les personnages et les situations enfin prennent corps pour les noces comiques de Tom avec Baba la Turque : la scène figure une salle de spectacle retournée, en sorte que le fond du plateau est occupée par des gradins, visibles à travers l’ouverture du théâtre fictif ; un grand escalier monte à la scène surélevée depuis les coulisses, au premier plan. En bas des marches Ann cherche Tom, le retrouve, mais quand Baba sortant de sa loge demande : qui est cette fille ? Tom renie Ann, les jeunes mariés se détournent ; le viveur et la femme à barbe grimpent l’escalier sous les acclamations et les fanfares. (Tom, Ann et Shadow personnages permanents du drame derrière lesquels défilent comme un ruban les épisodes trop brefs, formant tableaux).
    (Musicalement la scène la plus dramatique a lieu plus loin : avec le seul accompagnement d’un clavecin sinistre, Shadow joue aux cartes l’âme de Tom ; viennent ensuite, saluant sa déchéance, les sonneries funèbres des cuivres).

  • Parsifal

    A l'opéra Bastille.

    Les symboles chrétiens (l'eucharistie, le baptême) avec lesquels Wagner compose son drame prennent une force extraordinaire du fait qu'ils se détachent sur un fond de déréliction et de douleur : non seulement tel que le livret nous le laisse imaginer et tel que le chant le fait entendre (dans la détresse d'Amfortas) mais aussi tel que la mise en scène le représente. (Un décor d'hospice, un fatras d'images grises, un vieillard et un enfant muets, un pauvre potager : je ne sais pas ce que cela voulait dire ; mais la musique surtout y figurait la solennité, l'élévation et la grâce.)

    (Belle prouesse du metteur en scène qui, outre l'activité qu'il déploie sur le plateau, parvient à mobiliser soir après soir plusieurs dizaines d'extras dans la salle pour conspuer la projection muette de quelques images du film de Rossellini, Allemagne année zéro : pendant le bref moment qu'elle dure, avant le début de la dernière partie, les interjections et les huées complètent donc le suicide de l'enfant, à l'écran, pour former une façon de Christ aux outrages ; c'est à dire le lieu de la faute originelle de Kundry.)

    J'imagine qu'on peut gloser longtemps sur Parsifal: par exemple à propos de Kundry, semblable à Marie-Madeleine, pécheresse et repentie, sauf qu'ici elle ne l'est pas successivement mais alternativement. Son ambivalence est magnifique au deuxième acte quand elle est à la fois celle qui cherche à perdre Parsifal et celle qui le sauve (en lui enseignant la pitié). Le passage où, l'appelant, elle prononce pour la première le nom de Parsifal (namenlos) est un des plus belles scènes d'un genre dont Wagner n'est pas avare (La formulation quasi magique d'un nom).