Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Couperin, Rameau, Campra

    Concert à la Cité de la Musique.

    La disposition de la salle des concerts de la Cité de la Musique est (pour moi) inédite. La scène est installée dans le petit axe de l'ellipse. A sa place on a monté (avec quelles machines ?) un nouveau balcon qui ferme le niveau supérieur (l'étage fait maintenant le tour du plateau comme dans une arène).

    Au centre, le motet de Couperin est également, à sa façon, une surprise, commençant par deux voix aiguës sans accompagnement. Les instruments se joignent à elles, ajoutent leurs pépiements, tracent et peuplent aussi, haut perchés, l'espèce de volière.

    Après l'entracte, le requiem de Campra est une œuvre sobre, confiante, jouée sans terreur et sans emphase. Il y a une belle simplicité dans la manière dont les solistes, quand ils ont fini, rentrent dans le chœur et, après quelques instants, se remettent à chanter à cette place et dans ce rôle.

    Mais c'est le motet de Rameau In convertendo (donné en fin de première partie) qui m'a fait la plus forte impression. L'orchestre est très expressif ; les vents se distinguent et apportent des couleurs qui semblent valoir aussi pour elles-mêmes. Il y a une grande variété dans la façon dont les voix des solistes sont regroupées et opposées. Le chœur final surtout est bouleversant dans son parcours, douleur et joie, assemblant ou divisant ses forces (il faudrait réécouter !).

  • L'escalier dérobé

    Nous avons passé en nous promenant devant un petit hôtel situé sur les bords du Rhône, près de la barrière par laquelle on sort pour aller à Genève.
    - Ah ! c'est la maison de la pauvre Mme Girer de Loche, a dit un de ces messieurs.

    Mme de Loche est une jeune et belle lyonnaise qui, après quelques années d'un veuvage sans reproche, alla séjourner un automne au château d'Uriage près de Grenoble. A son retour, elle quitta l'hôtel particulier qu'elle habitait alors et vint s'installer dans cette maison dont elle occupa le premier étage. Un jeune homme de Grenoble, appelé par ses affaires à Lyon, loua le second. Très dévots l'un et l'autre, les deux voisins ne se fréquentaient guère ; le jeune homme rendait visite une fois l'an à sa voisine. Il (avait pris) le goût de la pêche et pêchait dans le Rhône sous les fenêtres de la maison qu'il habitait.
    On se mit toutefois à parler de cette maison jusque là sans histoire lorsque, après cinq ou six ans, on apprit que Mme de Loche envoyait des lettres à son voisin. Sa santé s'était détériorée ; le jeune homme, de son côté, avait changé ses habitudes rangées et rentrait de plus en plus tard. Il finit par quitter la ville et retourner à Grenoble où il fit un riche mariage.
    La maladie de Mme de Loche s'aggravait. Elle se fit conseiller l'air du Midi ; et s'embarqua sur le bateau à vapeur. Elle s'installa à La Ciotat ; mais un matin on la retrouva morte dans sa chambre, asphyxiée. Elle avait brûlé son passeport et démarqué son linge.

    Les efforts de Mme de Loche pour garder son secret furent vains. On se souvint que, peu avant son départ, elle avait fait appel à des ouvriers, étrangers à la ville. Ils furent interrogés et révélèrent que leur tâche avait été de détruire un escalier qui mettait secrètement en communication l'appartement de Mme de Loche avec l'étage du dessus. On comprit alors quels travaux avait fait réaliser le jeune homme de Grenoble après son installation, cinq ans auparavant. Pendant des années, les deux voisins avaient vécu clandestinement comme mari et femme, dans leurs intérieurs réunis.

    (En lisant ce petit roman des Mémoires d'un touriste, je rêve que cet escalier, si opportunément construit et supprimé, n'a jamais existé, qu'il n'est que le signe de l'imagination du touriste, en promenade sur les quais du Rhône.)

  • chercher à deviner

    Pendant les douze années que je fus marchand, je n'ai voyagé que par la malle-poste. Trois jours de Paris à Marseille ! c'est beau ; mais aussi l'homme est réduit à l'état animal : on mange du pâté ou l'on dort la moitié de la journée. Je n'eus jamais le temps de m'enquérir, ou pour mieux dire, de chercher à deviner comment les gens chez lesquels je passais avaient coutume de s'y prendre pour courir après le bonheur. C'est pourtant la principale affaire de la vie. C'est du moins le premier objet de ma curiosité.
    (Stendhal, Mémoires d'un touriste).