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  • L'orage

    Le plan de la villa dessine un damier incomplet. Les pièces sans étage sont quelquefois augmentées de terrasses carrées ; elles se raccrochent l'une à l'autre par les coins, reliés au besoin par des allées couvertes. Les constructions, de plain-pied, surplombent la mer. La grande cour est encombrée de tables et de chaises rangées sous un auvent comme à la terrasse d'un café. Le déjeuner est servi ailleurs, sur un balcon qui convient mieux à la taille de notre réunion. Le chat file sous la table ; il reste immobile au fond de la salle devant une porte fermée, plus sensible à l'odeur du poisson qu'à nos appels.

    Il ne pleuvra pas, assure notre hôtesse. Pourtant, depuis l'horizon, des nuages très noirs poussent une pointe vers nous. Un peu plus tard, la violente averse me donne raison.

    L'orage fini, on fait par l'extérieur le tour de la maison.  Derrière, un éboulis de roches dévale jusqu'au rivage. Un saut-de-loup sépare le jardin de la lande. Un minuscule pont-levis permet au sentier de le franchir et de descendre à la mer. Ce n'est qu'une planche grise, relevée par deux chaînettes. Elles brillent dans la bruyère comme, après la pluie, les gouttes d'eau. Elles semblent rouillées ; elles ne servent guère.

  • Les sculptures rétrécissent

    La question de l'échelle est centrale dans la pratique de Giacometti, qui traite souvent les mêmes motifs en plusieurs dimensions. Il cherche toujours à intégrer sa perception de l'échelle à l'oeuvre elle-même, qui peut être monumentale tout en mesurant quelques centimètres. A la fin des années trente, ses sculptures rétrécissent malgré lui, et ce n'est qu'en 1945 qu'il parvient à maîtriser cette compulsion avec Femme au chariot.
    (Extrait du livret de l'exposition Giacometti, à Beaubourg.)

  • Rome, par la fenêtre

    Tosca me fait relire le dernier acte du Père humilié, avec sa "grande corbeille de tubéreuses". A vrai dire, il n'y a pas de rapport. Les phrases de Claudel sont plus évocatrices que la musique de Puccini :

    Moi je les aimes [ces cloches], je les connais toutes, les petites et les graves, toutes proches et celles qui sont le plus loin,
    Tant que toute la Ville Sainte autour de moi se dispose, édifiée par le son. Pures cloches, au lieu de tant de paroles ce serait bon de résonner comme elles
    Soi-même et de n'être éternellement que
    la et mi.

    Et :

    Oui. Laisse entrer ce dernier rayon si doux jusqu'à moi,
    La couleur rouge du soir.
    Laisse entrer Rome jusqu'à moi.