Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Des livres qu'on ne lira pas

    L'ange gardien de nos lectures, si grand, si expéditif économiseur de notre temps. Celui qui, devant un compte-rendu enthousiaste, un titre qu'on nous vante, un livre qu'on hésite à acheter, nous souffle à l'oreille, gentiment, décisivement, toujours obéi : "Non. Pas celui-là ! Laisse. Celui-là n'est pas de ton ressort. Celui-là n'est pas pour toi."
    Quand il m'est arrivé par la suite de me trouver dans l'obligation de vérifier, je n'ai guère eu à revenir sur le bien-fondé de cette abstention spontanée. D'autant plus difficile à expliquer qu'elle se détermine sur des indices aussi dérisoires que capricieux (...)

    (Julien Gracq - Carnets du grand chemin.)

  • Territoire du peintre

    Aux confins de l’Ombrie, de la Toscane et des Marches, à Sansepolcro (patrie du peintre), à Monterchi, à Arezzo et à Urbin, on peut voir quelques-unes des œuvres de Piero della Francesca et ce petit nombre suffit à constituer une part importante de l’ensemble de celles qui ont survécu.  A tort ou à raison s’établit, pour le visiteur, entre le peintre et le territoire un rapport semblable à celui qui lie Giovanni Bellini à Venise ou le Greco à Tolède : on croit retrouver dans la chose peinte la lumière ou le décor extérieurs, contigus, qui l’ont inspirée ; et inversement, et plus sûrement, la représentation (éclatante, spéciale) gagne sur l’image du pays traversé (les collines à l’approche d’Urbin sont blanches et vert sombre, les crêtes ravinées, comme dans le tableau ; et le paysage limpide de la Victoire de Constantin se surimpose à la haute vallée du Tibre, pays plat encombré de routes et de hangars, et à son fleuve asséché).